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Tome V.
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et que, en définitive, pour être le plus agréable à la beauté, il fallait, « sans rien prétendre,brûler pour elle » ; on se rend compte de la nature des retranchements qui, sans nuire à la ga-lanterie, faisaient la sécurité de la Précieuse, mettant sa gloire à seulement côtoyer le fleuvedu Tendre.

La Bruyère, dans son chapitre « sur les Femmes » parlant de certains de leurs directeursqui accompagnaient les dames au tain, aux eaux, dans les voyages, est une caution suffisantede l’intimité qui pouvait s’étendre jusqu’aux pièces les plus secrètes du réduit. Après ce qui aété dit sur les préjugés de la Précieuse, on s’explique comment notre muse en chemise ac-cueille sans le moindre geste de surprise, avec la tranquillité du génie et l’aplomb à touteépreuve de la dame de grande qualité de ce temps-là, vis-à-vis d’un inférieur, d’un indiffé-rent, son amant du Parnasse, auquel, sans avoir l’air de se soucier des indiscrétions duvêtement, peu clos, on n’est point fâchée de laisser plus qu’entrermir un mérite à propos du-quel les révélations sont permises, pour peu qu’elles soient faites avec délicatesse. Et il nes’agit point de s’en tenir à des généralités :

Oui, nous sommes, quoi qu'on en die,

Moi le plus sage, efc vous la plus jolie !

Ces agréables affirmations que les précieuses de tous les temps ont, d’ailleurs, toujours bienaccueillies de tous les Nevers, ne suffisent plus. Il faut des particularités propres à faire re-connaître la personne.

.Elle avait les cheveux,

Les plus longs, les plus fins, les plus épais du monde.

C’est déjà mieux, et cela assure à Benserade un sourire de M me de Bouillon. Mais l’amant duParnasse dut aller plus loin, et connaître davantage. L’esprit était d’ailleurs fort large, et c’està la même dame, Hortense Mancini, duchesse de Mazarin, déclarée poétiquement « plus belleque Vénus, plus chaste que Lucrèce », que Saint-Evremond fait observer, non moins poéti-quement, qu’il peut parler de ses yeux, de ses cheveux, de son front, de ses sourcils, de sabouche,

De la gorge et du cou (ce miracle nouveau)

L’orgueilleuse beauté sera bien exprimée ;

Les bras, les mains, les pieds dignes d’un corps si beau,

Auront aussi leur part à. votre renommée.

Si le louangeur n’avouait lui-même, en la déplorant, son ignorance sur le reste, on ne sait oùs’arrêterait l’évocation.

Il faut d’autant plus prouver certaines choses, qu’elles paraissent plus invraisemblables ; et