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Tome V.
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cela est d’autant plus nécessaire ici, que pour laisser à notre cabinet de bain l’intérêt d’un vé-ritable tableau de mœurs, on doit en écarter le soupçon de n’être qu’une invention épigram-matique.

Le Précieux qui fait son entrée, « et que nous connaissions avant que de l’avoir vu », portela main à ses yeux comme un homme ébloui, mais en tempérant cette affectation par une espiè-glerie (ah ! de l’esprit partout !). Les doigts s’écartent comme le fit l’avisé qui, menacé d’a-veuglement par une dame dans une position risquée, s’il ne tenait pas ses yeux clos, s’écria :

« Ma foi ! tant pis, je risque un œil. » Ce galant d’un caractère mixte, en manteau court etsans épée, habillé tout de sombre au chapeau sans tour de plumes, on peut, comme Clitandrc,gager que celui-là c’est Trissotin en personne ; le Précieux « qui se sait si bon gré de tout cequ’il écrit » et qui, par son geste, prépare le compliment qu’il va lancer ; et le Paquet sé-rieux, » selon le glossaire des ruelles dont Saumaize, vers le milieu du siècle, s’était amusé àdonner la clef.

Cette figure seule montrerait que Saint-Jean a bien entendu compléter Molière.

Le cabinet des bains, avec son intimité, est l’aîné très direct du cabinet de toilette du dix-huitième siècle. Il y eut assurément plus de grâce chez les dames à paniers, mais dans la li-berté des dernières Précieuses, dont on a vu les ambitieuses visées, il semble qu’il y ait euquelque grandeur qui a manqué aux autres. La hardiesse des femmes du dix-septième sièclene fut pas l’effronterie de celles du dix-huitième.

I)e la « femme de qualité en déshabillé sortant du lit » nous ne dirons que ce qu’en dit LaBruyère : « Le matin elle se partage entre sa toilette et quelques billets qu’il faut écrire. Unaffranchi vient lui parler en secret, c’est Parménon, qui est favori, qu’elle soutient contrel’antipathie du maître et la jalousie des domestiques. Qui à la vérité fait mieux connaître lesintentions et rapporte mieux une réponse que Parménon ? Qui parle moins de ce qu’il fauttaire ? Qui sait ouvrir une porte secrète avec moins de bruit ? Qui conduit plus adroitementpar le petit escalier ? Qui fait mieux sortir par où l’on est entré ? »

La scène se passe ici dans le grand appartement ; c’est l’hiver, comme le montre le feu de lacheminée, et les lourdes portières de velours qui, en été, seraient de taffetas. La décoration,toute architecturale, est somptueuse et de grandes proportions. Dans un intérieur de ce luxe,la petite glace de la riche cheminée sculptée ne tenait pas seulement à ce que les glaces étaientencore rares en ce temps, mais à ce que nombre d’architectes trouvaient qu’elles faisaient uneespèce de vide qui ne paraissait pas naturel au-dessus d’un foyer. Il n’y a point de tablette,proprement dite, à cette cheminée. Elle est remplacée par le chambranle de l’avant-corps, surlequel, et par-dessus la glace, sont disposées les porcelaines en garniture volante. Le fond estun trumeau décoré d’un médaillon en ovale, dans lequel des amours forgent sur l’enclumedes chaînes galantes. Le parquet est un assemblage varié de bois de chêne, ciré, selon l’ha-bitude prise pendant le siècle.