soie fermé sur la poitrine. Pas de linge de corps qui soit apparent, mais seulement les largesbouts pendants de la cravate en mousseline brodée ou en dentelle, nouée sur la gorge par unruban de couleur. Des bas unis à coins brodés en or, le soulier de cuir à large boucle, lechapeau, déjà réduit, orné d’un nœud de ruban, complètent l’habillement de ce gentilhommeoccupé à attacher son gant parfumé. Des boutons nombreux, serrés, qui se trouvent à l’ou-verture de la veste, du haut en bas, aux poches et sur les manches, où ils rappellent encorela manche entrebâillée du pourpoint, projètent leur éclat discret sur le drap uni. La garni-ture de ces boutons et des boutonnières était de soie jaune, aurore ou blanche, pour imiterl’or ou l’argent.
Le n° 10 représente un abbé en soutanelle. « Les abbés, dit l’Encyclopédie, tiennent lesecond rang dans le clergé et sont immédiatement après les évêques. » La possession dumoindre bénéfice autorisait le prêtre à se dire abbé et à porter la soutanelle, qui était unesoutane de campagne n’allant que jusqu'aux genoux. Le par-dessus, de mise avec la souta-nelle, était le court manteau à petit collet, d’où le nom de petit-collet par lequel on désignaitsouvent ces abbés, directeurs élégants, émules des petits-maîtres, qui trouvaient toutes lesportes ouvertes dans les maisons des grands, mangeaient à de bonnes tables, et se promenaienten carrosse, ménageant, dit La Bruyère, pour les autres et pour eux-mêmes tous les intérêtshumains. Celui-ci porte la perruque, relativement courte, dite d’abbé, pour laquelle onimagina de faire les fausses tonsures, le chapeau rond, le rabat, les souliers de cuir à la cava-lière, et le manchon attaché à la hauteur de la ceinture par un cordon appelé passe-caille. Lechapeau, le manteau, les souliers sont noirs ; le reste, y compris le manchon, est de couleurappareillée. Notre abbé porte de fines manchettes et tient une prise de tabac aromatisé. Priserétait alors fort à la mode, malgré la désapprobation du souverain, et les élégants maniaient larâpe à tabac et la tabatière avec des soins étudiés; il fallait ouvrir la tabatière et la refermerd’une main, saisir la prise d’un air dégagé, la tenir un certain temps entre les doigts avantde la porter au nez, et la renifler d’une belle aspiration. Ces deux hommes, le prêtre commele gentilhomme, ont le visage entièrement rasé. La barbe, que des magistrats et prélatsavaient eux-mêmes portée jusqu’en 1656, avait entièrement disparu depuis 1680 environ.On ne tolérait plus, en certains cas, que la moustache : aux soldats suisses, comme étrangers,aux cavaliers, dans quelques régiments, et aux cochers de grande taille, parce que l’ontrouvait que cela leur donnait bon air.
La série des coiffures à la Fontange n os 1, 2, 3, 4, 5, 6, montre la variété avec laquelle oncomposait cet édifice de dentelles, de cheveux, de rubans, à plusieurs étages, soutenu surune base de fil de fer. Les journaux de modes n’existant pas encore à cette époque, quoi-que les gravures qui fournissent ces exemples soient de parfaits dessins de modes, il estdifficile d’indiquer avec certitude le nom particulier de chacune de ces coiffures : où s’élève laduchesse, où est le solitaire, et le chou, le mousquetaire, le croissant, le firmament, le dixièmeciel, et celle que l’on appelait la souris, et cette autre qui reçut le nom de l’effrontée, parce que,