tent les blocs de verre de toutes couleurs à débiter, que l’on appelle « masses » dans le com-merce des lapidaires-faussetiers, où ils se vendent au kilo : Le strass de première qualité,4 fr. ; le rubis, 8 fr. ; l’émeraude, 6 à 8 fr. ; le grenat, 6 à 10 fr. ; etc.
Cependant toutes les pierreries ne sont pas entièrement des produits chimiques ; la Laponieest un des pays de l’Europe les plus riches en cristaux, que les naturels appellent « diamants »ce qui les flatte, paraît-il. Ces cristaux, que l’on détache des pierres et des rochers, sont deformes inégales,.parfois d’une transparence assez limpide, souvent, au contraire, traversés deveines, sillonnés de fentes, hérissés de bosses. Les lapidaires suédois en tirent cependant parti,et les polissent et les taillent comme des Sancy et des Kégent. On trouve aussi dans la Laponiedes améthystes pâles et comme obscurcies de petits nuages, des topazes un peu trop blan-ches, et d’autres pierres très dures qui ne manquent pas d’éclat sous leur teinte cendrée, et quel’on garde à l’état de cabochon , par la difficulté de les tailler. Les perles mêmes ne sont pas in-connues en Laponie ; il y en a plusieurs bancs dans les rivières, seulement il ne faut pas de-mander à ces frileuses du pôle, ni la vivacité, ni l’éclat, ni Veau, ni la chaleur et la lumière,ni Xorient des perles d’Asie ; elles sont assez grosses et parfaitement rondes, mais leur blan-cheur est pâle et mate.
Certes, une parure gemmée, uniquement composée avec ces éléments locaux, en recevant uneharmonie toute particulière, serait d’un autre prix que les verreries des orfèvreries de pacotilleque l’on voit ici. Cependant, toute inférieure que soit cette orfèvrerie dans sa qualité, commeil serait pour ainsi dire inouï que dans ce pays des traditions la joaillerie des parures ne s’yrattachât pas, plus ou moins, il importe d’en examiner les caractères.
Nous nous bornerons à indiquer ce qui est de nature à démontrer la parenté directe, la filia-tion certaine, du clinquant suédois et norvégien : On a longtemps soutenu que l’influencebyzantine s’y faisait sentir, vu les rapports de ces pays avec le Midi, ainsi que la présencede Scandinaves illustres dans l’entourage des empereurs d’Orient. En examinant de plusprès, il semble qu’il y ait lieu de revenir sur ces présomptions trop faciles ; et peut-être, aucontraire, les Scandinaves, venus du Nord, avec leurs armes et leurs parures, travaillées dansle goût reconnu comme celui des Scythes, ont-ils contribué à l'introduction des modes del’orfèvrerie, d’importation asiatique, qui devaient envahir Byzance et, en quelque sorte, yrévolutionner la joaillerie.
Le génie des anciens Scythes, en ce qui concerne l’emploi des métaux et des gemmes, appa-raît dans l’histoire de l’art comme tout autre que celui des Égyptiens, des Grecs et des Étrus-ques. Il se révèle avec une puissante unité, soit qu’il s’agisse du jeu d’un métal unique, ou dujeu du métal allié à celui des pierreries. Sans entrer dans le détail de la parure des fonds, soitque ceux-ci soient meublés par les bas-reliefs des drakslingor, les entrelacements à l’infini dudragon celtique, soit que ces fonds se trouvent occupés par les rinceaux d’un filigrane, ce quiconstitue l’unité d’un même souffle , d’un même génie, c’est la mise en relief des éléments di-vers faite avec une décision, une vigueur et une science tout à fait particulières. C’est une