En examinant de près ce problème historique, on attribue aujourd’hui la puissance decette résistance à l’antériorité de la civilisation que ces peuples représentent ; les modesde leurs arts populaires y seraient étroitement liés. Les broderies et [les vêtements tapissésslavons ont été vivement remarqués à la récente exposition universelle de Paris ; le goût mo-derne si fin, si mesuré, s’est laissé charmer par des productions dont les moyens primitifs,élémentaires, procurent des résultats qui égalent et souvent dépassent les meilleurs effetsdécoratifs des plus savantes industries. Il n’y a guère de hasards assez constants pour que,depuis les échantillons produits, allant des XIII e et XIV e siècles jusqu’à ceux datant de nosjours, exécutés par des mains de paysans, on puisse attribuer l’unité, les franches et heu-reuses harmonies, le caractère enfin de ces productions anciennes et modernes à la seule suc-cession d’inspirations individuelles qui n’auraient point eu de guide. Nous avons voulu savoirce que l’on pensait de ces choses là où elles se font ; or, l’origine à laquelle les investigateursmodernes semblent généralement d’accord pour les faire remonter paraît si intéressante, etla connaissance peut en être si utile aux artistes, puisque l’art populaire des Slaves du sudaurait pris ses racines dans les arts des civilisations-mères de la vieille Asie, que nous n’hési-tons pas à résumer, quoiqu’il faille remonter haut, les preuves historiques.et morales que lesécrivains ont accumulées sur ce sujet.
On savait par le témoignage d’Hérodote que, quoique comprises dans les tribus scythi-ques, les hordes sarmates^ les Slavoniens (nom qu’ils se donnaient eux-mêmes) en avaienttoujours été distincts. On savait encore par lui qu’après avoir été un peuple nomade, c’est-à-dire pasteur, errant selon le besoin de ses troupeaux, les Slavoniens devinrent agriculteurs,lorsque, chassés de l’Asie centrale par ceux du nord-est, les Massagètes, et arrivés au norddu Pont-Euxin, la fertilité du sol les détermina à s’y fixer. Enfin, ce que l’on connaissaitencore, c’est que, chassés de nouveau vers les II e et III e siècles de l’ère moderne, les Slavesdu sud entraient en Europe pour y demeurer. Voici maintenant quel aurait été leur point dedépart. Les ethnologues reconnaissent sans hésitation dans le type du Slave pur le sang arien,condensation supérieure de races primitives qui se serait produite, selon des probabilités ac-ceptées, vers le point central du continent asiatique. Sorties de la Bactriane à des époquespréhistoriques, ce serait en marchant d’un pas inégal dans la direction de l’Europe que lespopulations ariennes se seraient trouvées dispersées. Ce serait ainsi que les quatorze tribusdes Pélasges, selon Théopompe, cité par Strabon, passant par l’Asie Mineure, et s’im-prégnant, chemin faisant, de sang sémitique, seraient arrivées eu Grèce. Les Slaves auraientpris par le nord de la mer Caspienne et du Pont-Euxin.
A cet historique de leur marche, on ajoute que depuis qu’on les connaît, les Slaves du sudsont d’autant plus facilement restés semblables à eux-mêmes que, venus par les steppes cen-trales de l’Asie et ayant toujours vécu loin des grands océans, ils avaient plus de chances quebeaucoup d’autres de conserver intégralement leurs traditions ; que le Slave du sud a tous lescaractères physiques et moraux de l’homme de la plaine, et que la ténacité, la persistance