que montre presque partout l’homme de la terre, est surtout le propre du paysan de la vieilleterre asiatique.
Ceci nous amène à esquisser les mœurs de ces populations, à en indiquer le caractère gé-néral, puisqu’on a lié les deux questions par des observations fort ingénieuses (1).
La famille est une association ayant son chef élu; on travaille les terres en commun;pertes et gains sont partagés. Grand-père, père, fils, petits-fils, cousins, restent ensemble,chaque couple marié ayant sa chambre particulière dans la maison. C’est une réduction del’antique tribu comptant parfois une centaine de membres et même davantage. On prend lerepas en commun, les femmes debout derrière les hommes assis; les enfants dans une autrepièce. L’existence est rude, les femmes sont surchargées de travaux ; ce sont-elles qui tissentet confectionnent toutes les pièces du costume des gens de la maison. Levées en hiver à troisheures du matin, rassemblées dans la pièce commune, elles y tissent jusqu’au jour. Lors-qu’elles portent sur leur tête le lourd panier qui contient le repas des travailleurs deschamps,elles s’occupent encore de la filasse; et le soir, à la veillée de chaque journée, qui sepasse tour à tour dans les maisons amies, on tisse de nouveau et on brode les fins canevas.Les mères transmettent à leurs filles les recettes pour la pureté et la solidité des teintures,les instruisent à en faire l’application selon la nature des tissus ou le genre des dessins, etles initient au secret des harmonies de la couleur. Toutes ces choses transmises s’infusent siheureusement dans le sang de cette race, qu’il n’est pas rare de voir sortir de mains et detêtes d’enfants de quinze ans de nombreux et nouveaux modèles, chacun d’un dessin diffé-rent, quoique tous empreints du caractère consacré.
Ce qui est non moins remarquable que la production sortant de leurs mains, c’est de voirde quelle façon légère ces femmes accomplissent leurs travaux. Purs artistes de sentiment,accessibles par dessus tout aux deux harmonies-sœurs, celle du son musical et celle de lacouleur, elles font marcher ensemble le chant et la broderie.
Quant à la source primitive de cet art des Slaves du sud, resté si indépendant et si ori-ginal, et qu’ils n’ont pu emprunter aux rudes populations qui les avoisinaient au nord ou àl’est, il est permis de la chercher dans l’Orient assyrien ou médique, que plus d’une incur-sion heureuse fit à certaines époques leur tributaire. (Yoir Maspero; Histoire ancienne'despeuples de VOrient, Paris, 1876.)
En somme, que ces types aient été acquis par les armes ou aient été procurés par le voisi-nage et les affinités de races (les Mèdes, par exemple, qui s’appelaient eux-mêmes Aryas,étant les congénères des Slavoniens) peu importe au fond. Ce point de départ nous paraîtsi intéressant que nous avons dû le signaler, puisqu’il en résulterait que l’on trouve dans
(1) Nous empruntons ces détails au très intéressant opuscule, publié à l’occasion de l’Exposition universellede 1878, sous le titre : $ Agram-Croatie, tiré d’une notice allemande de M. Félix Lay, sur la civilisation desSlaves méridionaux, imprimée à Hanau en 1872; opuscule suivi depuis d’un ouvrage plus étendu, intitulé :Ornamente sudslavischer u. nationaler ffaus u.Kunst Industrie ; Wien.