commande un arrêt, on puisse déposer dans la cuiller, et toujours sans contact, quelquepetit objet personnel servant de furtif renseignement sur la main qui l’y apporte. Plus d’uneépingle, d’une clé, d’un étui, d’une bague, a dû être ainsi livré à l’instinct de l’amant,bien doucement récompensé lorsque ses yeux débandés .lui montraient qu’il ne s’était pointtrompé.
La course des écliasses est franchement un divertissement populaire, et cet exercice, quidemande une grande habitude (car l’homme lié à de hautes échasses est exposé à des chutesdangereuses, surtout lorsque dans les luttes de vitesse le désir de triompher fait oublier laprudence), est un de ces spectacles auxquels une foule espagnole prend toujours un vif inté-rêt. On voit ici que les coureurs sont accompagnés par des clarines à pied, qui sont encoreavec eux en arrivant au but, vrai tour de force pour ces piétons qui jouent à deux mainsde leur flûte. Ces lutteurs de vitesse, montés sur des échasses, portent le costume ornédu genre de celui des espadas de l’époque, et il est probable que ce sont, en effet, des roisde corridas qui figurent ici. Certains d’entre eux se sont fait gloire de montrer leur intrépi-dité en combattant le taureau du haut de leurs échasses, bravant ainsi le danger d’une chutepresque assurément mortelle, l’homme renversé et lié à ses échasses étant dans l’impossibi-lité de se relever lui-même. Le célèbre Miguel Lopez Gorrito, espada de Madrid, donnaitencore ce spectacle à Séville en 1862. « Nous le vîmes, dit M. le baron Davillier, couriravec une agilité tellement merveilleuse que nous n’eûmes plus la moindre inquiétude surson compte... » Après le toast d’usage au senor presidents, Gorrito pirouettant sur seséchasses s’élance résolument sur son adversaire, qu’il tue d’une fort belle estocade. Cettefacile agilité est heureusement exprimée par Goya, en la personne de celui de ses lutteursqui gagne l’autre de vitesse comme en se jouant.
Les deux cartons destinés aux tapisseries de la résidence royale du Pardo, se trouventau musée du Prado, à Madrid. Ils font partie de la suite intitulée : Divertissements au lorddu Manzanarès.
Voir pour le texte : La Biographie et le catalogue de l’œuvre de Goya, par M. Ch. Yriarte. —
Goya,^«r M. Laurent Matheron. — Étude sur Francisco Goja,par M. Gustave Brunet.