PRÉFACE.
L’histoire de la musique est inséparable de l’appréciation'desfacultés spéciales des races qui l’ont cultivée. Cet art, étant essen-tiellement idéal, n’a d’existence que par l’homme qui le crée, età qui la nature ne fournit d’autres éléments que le son et le temps.Sous quelque aspect qu’on examine les productions musicales ré-pandues sur toute la terre, depuis le chant le plus rudimentairejusqu’aux œuvres les plus grandioses et les plus complexes, on n’yaperçoit autre chose que le produit des facultés humaines, les-quelles sont distribuées inégalement aux peuples comme aux indi-vidus.
Tel est le point de vue où je me suis placé en écrivant ce livre.Ce n’est pas à dire toutefois que je sois entré tout d’abord dans cetordre d’idées : fourvoyé, comme mes prédécesseurs, dans unefausse voie lorsque je conçus le dessein de réunir les matériauxd’une histoire de la musique, soixante ans avant le moment où j’é-cris cette préface, je croyais, d’après des autorités devant lesquellesje m’inclinais, je croyais, dis-je, à une gamme donnée par- la na-ture pour base de toute musique; je n’élevais aucun doute contrel’infaillibilité des théories géométriques dont je m’étais remplila tète, quoiqu’elles fussent en contradiction les unes avec les au-tres : enfin, achevant de m’égarer, j’avais abondé dans le sensdes doctrines sensualistes de Locke et de Condillac, lesquelles neme laissaient apercevoir, dans la destination de l’art auquel jeme consacrais, que le moyen de produire des sensations agréables.Les conséquences de ces erreurs devaient être et furent en effetde m’amener à considérer, de même que le P. Martini, la penséedu compositeur comme moins importante que la perfection maté-rielle de la forme.
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