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Tome premier.
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II
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II

PRÉFACE.

Los méditations auxquelles je me livrai quelques années plustard, pour la recherche du principe de l’harmonie et l’étude desphilosophies idéalistes, commencèrent la réforme de mes idées; pardegrés, elles finirent par me conduire dans la voie de la véritéhistorique et philosophique. Une phrase de Leibniz, la musiqueest un calcul secret que l'âme fait à son insu (1), fut un trait de lu-mière pour mon esprit. Je compris que, dans cet axiome lumi-neux, il s’agit, non pas de nombres ni de chiffres proprement dits,mais de rapports que l’organisation, plus ou moins favorable, saisitentre les sons. Il y a bien loili de là, sans doute, au sentiment, àl’inspiration, à l’imagination poétique qui, par les combinaisonsdes sons, émeuvent les masses et leur arrachent des cris d’admira-tion ; mais si, avant la création de son œuvre, le génie n’avait pasl’intuition de ces rapports de sons et n’en faisait, sans le savoir, uncalcul plus rapide que l’éclair, ni le sentiment, ni l’inspiration,ni l’imagination ne s’éveilleraient, et la musique n’existerait pas

J’ai rendu compte, ailleurs (2), des circonstances dans lesquellestous mes doutes furent dissipés, en 1831; et j’ai dit comment j’ac-quis la conviction que la musique devait son origine à la synthèsedes rapports des sons avec les facultés sentimentales et imaginatives_ d’une certaine race de l’humanité. Mes études subséquentes ontaffermi mes opinions à cet égard, et je n’ai pas eu de peine à voirle néant des critiques qui en ont été faites.

Si la musique est l’œuvre idéale de l’humanité, elle ne peutavoir été produite que par des peuples doués des facultés d’appré-ciation de rapports, d’inspiration et d’invention; de plus, il fautqu’elle ait été appelée à progresser. Or, si l’on examine avec atten-tion les peuples qui couvrent la terre, on ne peut s’empêcher dereconnaître que certaines classes de l’humanité sont déshéritées deces avantages ; la science et l’expérience s’accordent pour constatercette triste vérité. L’historien de la musique a donc pour premierobjet de ses recherches les conditions nécessaires pour la création

(1) Musica est exercitium arilhmeticæ occult um nescientis se-numerare animi.

(2) Préface de la troisième édition de mon Traité de la théorie et de la pratiquede l’harmonie. On trouve aussi cette préface dans toutes les autres éditions jusqueset Compris la neuvième.