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Tome premier.
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HISTOIRE GÉNÉRALE

M. Ernest Renan (1) et M.' Max Müller (2). Peut-être même est-ilpermis d’affirmer que la modulation des sons vocaux, base de l’accen-tuation du langage, fut, dès les premiers temps, ce qu’il y eut de plusexpressif et de plus intelligible dans l’articulation des mots ; car les in-tonations de la voix, toujours analogues aux sentiments, aux mou-vements passionnés de l’âme, ont dû être compris avant tout autreélément de communication (3). Dans l’émission spontanée de certainessuccessions des sons de sa voix, l’homme a partout obéi à l’une desplus puissantes impulsions de son organisation physique et morale,et ses premiers chants se sont formulés sans préméditation, sous lesdeux attributs nécessaires de diversité d’intonation et de durée.Quel que fût l’état sauvage dans lequel les navigateurs ont trouvé lespopulations de l’Amérique et de l’Océanie, les insulaires avaient deschants de certaine espèce : ceux chez lesquels on n’a pas aperçud’instruments polyphones possédaient des tambours qui leur ser-vaient à marquer des bruits symétriques diversement combinés, aux-quels nous donnons le nom de rhythmes.

De la différence des intonations des sons, et de leurs durées plus oumoins prolongées, nait par intuition leur arrangement dans un cer-tain ordre. Cet ordre, variable à l’infini, donne pour résultat, d’une

(1) De l'origine du langage, 2 e édition, Paris, 1859.

(2) La Science du langage , traduit de l’anglais sur la 4 e édition, par MM. Harris et G. Per-rot; Paris, 18G4.

M. Max Müller a fait beaucoup pour l’avancement de cette science; toutefois on pourrait peut-être lui faire remarquer qu’il n’a pas assez distingué le langage des langues ; car ce n’est pas lamême chose. On ne peut contester à M, Müller que la science du langage soit une sciencenaturelle; mais la linguistique, c’est-à-dire, la science des rapports des langues, est certainementune science historique. Lui-même le reconnaît, puisqu’il parle des langues sémitiques (p. 35),des langues touraniennes ( ibid . ), et des langues teutoniques (p. 77). On ne peut établir cesdistinctions sans que l’histoire des peuples intervienne immédiatement. Le langage ne se trouveque chez les populations sauvages; les langues sont le produit de civilisations'plus ou moinsavancées. L’homme parle et chante par une conséquence de son organisation et de sa destina-tion ; mais il n’est pas plus possible de faire une langue littéraire de son langage primitif que detirer l’art de la musique de ses chants rudimentaires. Autres choses donc sont le langage et leslangues, autres choses le chant et la musique, quoique les langues commencent par le langage,comme la musique par le chant instinctif.

(3) L’illustre savant auquel j’ai osé présenter les objections de la note précédente, vientici me prêter son appui, dans ses Nouvelles Leçons sur la science du langage , traduites del’anglais par MM. Georges Harris et Georges Perrot (Paris, 18G7), où on lit : « Ces accents ou tons« (des langues syllabiques) composent un élément du langage qui est perdu pour nous, mais« dont le rôle fut d’une extrême importance dans les premiers âges du parler humain. » Tome P r ,p. 36.