58
HISTOIRE GÉNÉRALE
nois [Ho-Souy, et Tchen-Yang) que le pien-lcomig (si) et 1 epien-lché(mi) sont aussi inutiles clans la musique que le serait un doigt de plusà chaque main (1). Ces deux sons déterminés n’existant pas dans leurgamme, elle n’est donc composée que de cinq notes qui sont toutesà la distance d’un ton , et qui se présentent dans cet ordre : fa, sol,la, ut, ré, avec la répétition de la première note à l’octave, commecomplément de la gamme (2).
Par une des singularités du système de la musique chinoise, lesnoms des sons de l’échelle des cinq notes par octave ne sont pas ceuxdes mômes sons dans l’échelle chromatique des lu. Voici la liste desnoms en usage pour les sons de l’étendue de la flûte appelée ty, et pourla voix de soprano, avec les signes de la notation chinoise et les noteseuropéennes correspondantes. Remarquons, pour éviter toute eonfu-
( 1 ) Àmiot, Mémoire sur la musique des Chinois , tant anciens que modernes; 3 e partie,
p. 161 .
(2) An inspection of the musical scale of the Chinese wili show the cliief cause of theoddities in tlieir Music. It will bc observed , in the first place, tliat this scale consists of only
five notes.ït appears tliat tliere are no semi-tones at ail, but between the second and ihird
there is an interval of a tone and a half, for which we bave no name, as we bave no suchinterval. This want of semi-tones is obviously the cliief singulurity of the chinese scale, andthe cause of most of the ptfeuliarities in their music.
Ce témoignage si positif de l’absence de demi-tons dans la musique des Chinois et de leurgamme de cinq notes est tiré de The China mail, du 11 septembre 1845, journal de la colonieanglaise établie à Hongkong , dans la province chinoise de Kouang-toung. L’auteur de l’excel-lent article d’où ces lignes sont tirées montre autant d’instruction dans la musique des Chi-nois que dans celle de l’Europe.
Je puis ajouter ici ce que ma propre expérience m’a donné de certitude à ce sujet. Lors del’Exposition universelle de l’industrie qui se fit à Londres, en 1851, je visitai, avec les célè-bres facteurs d’instruments Sax et Yuillaume, une famille de musiciens chinois qui s’y trouvait.Ils nous firent entendre plusieurs airs en chantant et jouèrent de divers instruments, et je fisremarquer à mes compagnons celte musique singulière bornée à cinq notes par octave. J’interrogeaile chef de ces musiciens, par le moyen de leur interprète, et lui demandai s’il ne connaissaitpas de morceau de musique où il y eut d’autres sons dont il ne s’était pas servi : il ne put com-prendre de quoi je voulais parler. Je chantai alors les deux gammes majeure et mineure de lamusique européenne, ce qui fit beaucoup rire ces musiciens.
Adrien de La Fage, qui s’est borné à copier Amiot, dans son Histoire de la musique et dela danse (Paris, 1844, 2 vol. in-8°), dit avec assurance : « La musique chinoise a donc les
« mêmes principes et le même alphabet que celle de l’Europe.La différence ne consiste
« que dans la manière de combiner et de représenter les éléments identiques de Tune et de Vautre« (t. I, liv. I er , p. 115). » Quelques pages plus loin, arrive celte flagrante contradiction : « Pour« émettre une affirmation aussi positive et aussi nettement formulée que celle de Ho-Soui etTchen-« yang ( à savoir que les notes si et mi sont inutiles dans la musique), il faut qu’elle ne soit« que la constatation d’une chose existante, d’un fait matériel reconnu. Et de quelles acca-« Liantes réfutations ne serait pas écrasé un auteur qui s’exprimerait de la sorte sans« y être bien fondé, sans avoir pour lui l’opinion conforme du vulgaire et les résultats habi-« tuels de la pratique ! » De pareilles inconséquences sont fréquentes dans le livre de cet écrivain.