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DK LA MUSIQUE.
pour ne parler que de ce qui est relatif à l’Asie ainsi qu’à l’Égypte,on peut affirmer que si l’harmonie y avait été connue, elle ne s’yserait pas perdue. On sait en effet que les traditions ne s’effacentpas en Orient : on y conserve aujourd’hui de ces traditions antiquesdont les Sémites sont les gardiens les plus fidèles de tous les peuplesde la terre. Là où est l’harmonie musicale, l’harmonie véritable etdigne de ce nom, elle n’y peut être comme un accessoire indiffé-rent , à moins qu’elle ne s’y produise par hasard, comme un fait fu-gitif et non remarqué ; car, dès qu’on en a le sentiment, il se dé-veloppe invinciblement et bientùt domine l’art tout entier. Il n’estmême pas nécessaire de tirer des arguments du silence des auteursgrecs et latins sur une partie si importante de la musique ( 1 ). Oul’on ignore l’harmonie, c’est-à-dire l’accord simultané des sons;dans ce cas, on n’en parle pas, à moins que le mot ne soit employédans une signification différente de celle dont l’usage appartient àla musique moderne; ou bien cette harmonie est connue, et dès lorson n’en peut point parler avec indifférence. Comment voudrait-onque si les Grecs eussent eu le sentiment de l’harmonie, elle eût pro-duit chez eux les monstruosités que leur prêtent des érudits (2)? Leshorribles suites de sons à l’intervalle de quarte ou de quinte, con-nues en Europe, dans les siècles de barbarie, sous le nom de dia-phonie, sont nées, sans aucun doute, de la dépravation du goût chezles Romains.
A l’égard des Grecs, on se persuade qu’’un peuple si bien doué defacultés intellectuelles et sentimentales, et qui a produit tant d’œu -vres immortelles de poésie, d’éloquence, d’histoire et de philosophie ;qui a mis le cachet de son sentiment du beau, si fin, si délicat et sigrand à la fois, dans les produits du ciseau de ses artistes, dans les
(1) En vain torture-t-on quelques phrases obscures et même de simples mots, pour diminuerl’importance de ce silence et même pour le nier ; en vain entreprend-on de prouver que certainsauteurs grecs ou latins ont indiqué l’existence de l’harmonie chez les anciens; ces explicationsmêmes prouvent qu’on donne un sens forcé à ce qu’on n’entend pas. C’est d’un mot dont s’estservi Plutarque, et qui n’a pas le sens qu’on lui prête que des érudits (MM* Vincent et West-phal) prétendent tirer la preuve de l’existence de l'harmonie chez les Grecs ! Ehî comment veut-onqu’il y ait eu de l’harmonie chez des peuples qui considéraient la tierce comme une dissonance ?La tierce! l’harmonie même; l’élément essentiel sans lequel elle n’a pas d’existence possible!
(2) M. Vincent, Notice sur trois manuscrits grecs relatifs à la musique , dans les Notices et ex-traits des. manuscrits de la Bibliothèque du Roi , etc., publiés par l’Institut de France, t. XVIe,2 e partie , p. 255 et suiv.