175
DE LÀ MUSIQUE.
toutefois les monstruosités d’agrégations s’y produisent souvent en-core, et ce n’est pas une rareté cpie d’en trouver comme celles-ci :
Des successions immédiates de plusieurs intervalles de septièmes,d’octaves, de quintes, d’unissons, se rencontrent encore fréquemment,à cette époque, dans les morceaux d’église comme dans les chansonsà trois voix. Enfin, les musiciens de ce siècle sont encore des bar-bares à l’égard des convenances harmoniques, et de plus ils se mon-trent très-maladroits en ce qui concerne l’art de faire mouvoir lesparties dans la cohésion des voix. Loin que leurs ouvrages appar-tiennent à ce qui constitue l 'art harmonique, on y trouve surtout l’ûi-harmonie, la désharmonie, pour nous servir des expressions d’unécrivain allemand, dans une plaisanterie sérieuse sur Y Esthétique dulaid (1). Ces termes sont ceux qui conviennent en parlant de Yorganumet du déchant, car ils sont le laid en musique.
Je dois m’attendre à des objections; on ne manquera pas decomparer ce que je dis ici de la musique inharmonique du moyen tigeavec les beautés de l’architecture, les délicates peintures des manu-scrits et le goût qui brille dans une multitude de produits du mêmetemps, et l’on me demandera comment il serait possible qûe la mu-sique fût demeurée si barbare, tandis que les autres arts étaient dansun état si prospère.
A ces objections, je pourrais me borner, pour toute réponse, àrenvoyer ceux qui me les feraient à ce qu’on vient de voir et à milleautres exemples où les mêmes énormités se reproduisent ; mais j’aiune explication très-simple et péremptoire à donner aux critiques,savoir, que l’architecture et les arts plastiques étaient arrivés à la
(1) Æsthetik des Hassliehen, par M. Charles Rosenkranz; Kœnigsberg, 1853, p.99.