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Tome cinquième.
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HISTOIRE GÉNÉRALE

le but de notre Histoire, celles-ci nous paraissent suffisantes. Ellesferont comprendre en quoi diffère le règne de la poésie chantée enAllemagne, depuis la fin du douzième siècle jusqu’à la fin du treizième,de celui du même art chez les troubadours et chez les trouvères.On y voit d’abord que la culture de cet art par les minnesinger futexclusivement réservée au monde aristocratique ; que le caractère dela poésie est plus élevé, plus moral, et que le talent de chaque min-nesinger est plus individuel, plus original. On n’y trouve pas cesformules de convention qui, chez les troubadours et les trouvères,donnent une teinte monotone aux chansons d’amour; ces retours in-cessants du printemps, de la verdure, des fleurs, le chant des oi-seaux, les plaintes éternelles contre la médisance, et les fades do-léances sur l’amour sans espoir. Les minnesinger ont des idées;il les expriment avec délicatesse et dans un langage dont les formessont variées. Ils sont d’ailleurs plus chastes que les trouvères : on nerencontre jamais dans leurs ouvrages ces grossièretés d’images et delangage qui remplissent nos fabliaux. Un seul, entre tous les poètesallemands du moyen âge, Tanhæuser, a manqué de cette retenuedécente dans une allégorie, et la réprobation de tous l’a frappé.Une autre différence considérable se fait remarquer dans la culturede la poésie chantée entre l’Allemagne et les autres États de l’Europe(France, Angleterre et Pays-Bas); elle consiste en ce qu’il n’y eutpoint, pour les minnesinger, d’acolytes analogues aux jongleurs :le poète allemand était aussi toujours le compositeur de mélodies etle chanteur; sa dignité en était plus intacte. Ce serait en vain qu’onchercherait dans les châteaux féodaux de l’Allemagne le jongleur,moitié artiste et moitié saltimbanque, qui réjouissait en France lesseigneurs aussi bien que le peuple.

Inspirées, au retour des croisades, par les mélodies arabes, cellesdes minnesinger, comme celles des poètes chanteurs des autresparties de l’Europe, sont ornées d’appoggiatures, de ports de voix,de groupes et de trilles; rien ne les distingue essentiellement deschants des trouvères du treizième siècle. 11 est regrettable qu’on netrouve pas, dans les manuscrits, les mélodies des poèmes de Wolframd’Eschenbach, de Waltlier de Vogelweide, de Gottfried de Stras-bourg, ni d’Ulric de Lichtenstein. A l’exception d’un fragment deTilurel, poème de Wolfram, tous ceux dont on possède la notationappartiennent à Nithart, à Tanhæuser, au Wilde Alexander et à