DE LA MUSIQUE.
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Le treizième siècle, grande époque d’art et de poésie qui vit naîtreArnolfo, l’architecte des plus beaux monuments de Florence; Ci-mabue et Giotto, s’affranchissant des traditions byzantines et créantla vraie peinture ; le goût et la délicatesse du travail brillant au plushaut degré dans tous les arts décoratifs; Dante, génie sublime; lestrouvères, dont les œuvres en tout genre témoignent du réveil del’imagination, après un sommeil de dix siècles; ce treizième siècle,qui vit tant de merveilles, eut aussi la gloire de produire, commenous venons de le montrer, quelques-uns des plus grands poëtes del’Allemagne, longtemps ignorés ou méconnus de leurs compatriotes.Fidèles aux traditions des temps anciens, les troubadours, trouvèreset minnesinger ne séparèrent point la poésie du chant; l’influencequ’ils exercèrent sur les populations par l’union de ces arts ne futpas étrangère à l’accueil fait en général aux transformations qui s’o-pérèrent au quatorzième siècle dans la musique; transformations ra-dicales qui en firent un art nouveau et dont nous parlerons dans lelivre suivant.
A la fin du treizième siècle, il s’en fit une autre dans l’art duminnesinger, auquel succéda celui du meistersdnger ou maître-chan-teur. Le caractère de cette révolution, sa cause et ses effets ne sontconnus aujourd’hui que d’un petit nombre d’érudits; elle offre ce-pendant une des époques les plus curieuses de l’histoire de la mu-sique ; son influence sur le chant populaire de l’Allemagne fut con-sidérable. Nous croyons devoir, par l’exposé suivant, appeler l’at-tention des lecteurs sur cette phase de la poésie chantée.
Avant d’aborder l’histoire des maltres-clianteurs du quatorzièmesiècle, il est nécessaire d’examiner la cause de la transformation quileur a donné l’existence. Dès le douzième siècle, les croisades avaientproduit sur les princes et chevaliers allemands la même impressionque sur ceux des contrées méridionales de l’Europe : les merveillesde l’Orient et les chants d’amour des Arabes avaient exalté leur ima-gination et leur avaient inspiré le goût de la poésie chantée, ainsiqu’il en avait été d’abord chez les troubadours de la Provence, puischez ceux de la Sicile. Les rois et les princes cultivaient l’art de ver-sifier et de chanter des lieder, et leurs brillantes cours étaient de-venues le séjour habituel des plus célèbres poëtes chanteurs, la plu-part d’extraction noble et chevaliers aussi habiles à manier la lanceet l’épée, qu’à rimer des idées poétiques dans le langage élégant et
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