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HISTOIRE GÉNÉRALE
dans le douzième siècle il s’en produisit un nombre beaucoup plusconsidérable, ou, pour parler d’une manière plus exacte, il se fitune réforme complète du chant qui^en changea systématiquementle caractère : saint Bernard et les moines de Citeaux en furent lesauteurs. La cause et les effets de cette révolution opérée dans lechant liturgique exigent que nous rappelions au souvenir des lec-teurs des faits d’une époque antérieure de plusieurs siècles.
Ainsi que nous l’avons dit, d’après les chroniqueurs, sur la de-mande de Charlemagne, le pape Adrien I lui envoya un antiphonaireconforme aux traditions de la chapelle pontificale. Transmis à l’é-cole de Metz pour servir à l’instruction des chantres, ce manuscrits’y trouvait encore au douzième siècle. Nous avons dit aussi quellefut la résistance de la plupart des églises de France contre l’adop-tion de ce chant, différent en beaucoup de parties de celui dont onavait l’habitude, soit par la forme, soit parle mode d’exécution.Ce ne fut que par la suite des temps que se fit la réforme, laquellene fut jamais complète, car il s’y mêla toujours des usages locauxqu’on ne parvint pas à faire disparaître. Après plusieurs siècles, ilse trouva qu’il n’y avait plus d’unité dans les livres de chant deséglises et des monastères : aux causes premières de ce désordre s’a-joutaient les fautes des copistes, plus ou moins ignorants de la signi-fication des signes qu’ils transcrivaient. Tel était l’état des choses àce sujet, qu’au douzième siècle, la célèbre abbaye de Cîteaux etcelles de la Ferté, de Pontigny, de Clairvaux et de Morimont, appe-lées les filles de Cileaux, n’avaient que des graduels et des antipho-naires défectueux et dissemblables. Voulant faire disparaître ces ano-malies, l’abbé de Citeaux demanda à l’école de Metz une copie del’antiphonaire du pape Adrien; l’ayant obtenue, il donna mission àsaint Bernard et aux principaux chantres cisterciens de collationnersur ce manuscrit les livres des abbayes du même ordre et d’y faireles corrections nécessaires : c’est ici que commence la réforme quenous avons à faire connaître.
Saisis d’étonnement à la vue de la multitude d’ornements et deslongues suites de notes sur une seule syllabe , qui se trouvaient par-tout dans le manuscrit de Metz, saint Bernard et les chantres de Ci-teaux ne purent se persuader qu’il représentât la tradition du chantde saint Grégoire. Suivant la préface de l’antiphonaire cistercien , ré-sultat de leur travail : « ils ne virent dans celui qu’ils avaient sous les