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Tome cinquième.
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DE LA MUSIQUE.

considérer comme calomnieuses les traditions répandues à ce sujet ;cependant il existe des autorités irrécusables que nous invoqueronset qui rendent incontestables les faits dont il s’agit. Quand on parlede la folie humaine et des excès où elle tombe parfois, il n’y a lieuni de s’étonner ni de douter. Au surplus le clergé, en général, n’estpas responsable des écarts de quelques-uns de ses membres de laclasse inférieure dans le moyen âge : lui-mème les a sévèrement con-damnés (1).

Les saturnales romaines étaient encore d’un usage général danstout l’empire à l’aurore du christianisme : on sait que ces fêtes con-sistaient en certains désordres dans lesquels les esclaves prenaient laplace des maîtres et se faisaient servir par eux, les raillaient surleur gaucherie dans le service et passaient le temps à manger, boirejusqu’à l’ivresse et chanter. Il parait que les premiers chrétiens neconsidérèrent pas cet usage comme répréhensible et qu’ils le conser-

(1) M. Félix Clément termine la dernière partie de son travail sur le drame liturgique parce paragraphe {Annales archéologiques de Didron, t. XVI, p. 38) :

« Il serait bien téméraire de supposer que les saints prélats, qui ont gouverné l’église avectant de sagesse pendant le moyen âge, aient prêté leur concours à l’introduction de bouffonne-ries et d’absurdités telles que les’ennemis de la religion n’en auraient pu imaginer de plus in-convenantes et de plus burlesques. Que ces institutions aient laissé s'altérer Vesprit de leurfondation; que la licence s'y soit introduite ; qu'elles soient devenues des fêtes purement laï-ques et profanes, auxquelles l’esprit religieux ne présidait plus; que l’Église se soit vue con-trainte de les abolir dans l’intérieur des temples, de protester contre les abus dont elles étaientdevenues le prétexte, de demander aux autorités civiles leur proscription sur les places publi-ques, de formuler même des menaces d’excommunication, tout cela est non-seulement possible,mais conforme à la marche ordinaire des choses de ce bas monde. Mais tout cela prouve qu’àune époque antérieure ces solennités n offraient rien qui fût répréhensible, et quelles étaientpour les fidèles une source de plaisirs honnêtes et licites .

« Ne confondons pas le moyen âge avec la renaissance. Nous sommes entre Philippe-Augusteet saint Louis, et non pas entre Charles VIII et François I er . »>

De quoi veut donc parler M. Clément ? Quelles sont ces institutions qui ne furent d’abordpour les fidèles qu’une source de plaisirs honnêtes et licites? 11 aurait fallu le dire : on au-rait pu voir par là comment ces innocents plaisirs étaient devenus les scandales dont nous al-lons parler. Nous regrettons que ce savant, aussi estimable par son caractère que par ses lu-mières, ne soit pas dans la réalité historique lorsqu’il dit que l’esprit de ces institutions a étéaltéré quand elles sont devenues des fêtes laïques ; car c’est au contraire lorsque les abomina-tions qui se faisaient dans les églises ont cessé, que les fêtes des SS. Innocents, du premier jourde l’année et des Rois sont devenues d’honnêtes fêtes de familles et d’amis. — M. Clément neveut pas que l’on confonde le moyen âge avecla renaissance, d’où l’on pourrait croire que lesdésordres de la Fête des fous n’ont existé que depuis cette dernière époque. Cependant desconcilesles ont condamnés depuis celui de Tolède, en 658, jusqu’au concile général de Bâle,tenu en 1431 : ils existaient donc depuis plus de 800 ans, un siècle avant la renaissance. On negagne rien à dissimuler la vérité de l’histoire. f