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HISTOIRE GÉNÉRALE
vèrent. Par imitation, les jeunes clercs, diacres et sous-diacres l’in-troduisirent dans l’église, d’abord aux calendes de janvier et, plustard, depuis le lendemain de Noël jusqu’à l’Épiphanie. Déjà cet abusexistait au quatrième siècle, puisque saint Augustin veut que ceuxqui se rendent coupables de cette impiété soient châtiés (1). Leconcile de Tolède, tenu en 633, ordonna des prières, des jeûnes etdes processions en expiatipn du scandale qui en résultait pour lesfidèles. D’autres conciles de Rome (745), de Tours (858), d’Auxerre(953), les lettres des papes saint Grégoire (2) et Zacharie, les man-dements des évêques de plusieurs diocèses, et une lettre de la facultéde la Sorbonne de Paris aux évêques et chapitres de France, datéedu 12 mars liià, ont condamné comme abominable cet usage, quinéanmoins persistait sous le nom de Fête des fous. La lettre de lafaculté de Sorbonne fournit à cet égard des renseignements qu’onserait tenté de croire exagérés, s’ils n’émanaient d’une autorité sirespectable.
Suivant ce document, on élisait dans les églises cathédrales unévêque ou un archevêque des fous; leur élection était confirméepar des cérémonies qui leur servaient de sacre ; puis ils officiaientpontificalement et donnaient la bénédiction au peuple devant lequelils portaient la mitre, la crosse et même la croix archiépiscopale.Dans les églises qui relevaient directement du saint-siège, on élisaitun pape des fous, papam fatuorum, à qui l’on donnait aussi les or-nements de la papauté : le clergé qui accompagnait ces dignitairesburlesques était d’espèce analogue. Parmi les prêtres et les clercs decette fête, les uns étaient masqués et avaient des figures mons-trueuses, les autres avaient le visage barbouillé; quelques-uns étaienten habits de femmes. Ils dansaient dans le chœur en chantant deschansons obscènes. Les diacres et sous-diacres mangeaient des bou-dins et des saucisses sur un coin de l’autel, aux yeux des célébrants.Pendant le service divin , ils jouaient aux dés et aux cartes; ils met-taient des morceaux de vieux cuir dans l’encensoir et faisaient mille
(1 )Serm, 215, Je tempore.
(2) « Interdum ludi fiunt in ecclesiis theatrales, et non solum ad ludibriornm spectacula« introducuntur in eis monstra larvarum, verum etiam in aliquibus festivitatibus diaconi,« presbyteri, ac subdiaeoni insaniæ suæ ludibria exercere praesumunt; Décrétai» Gregorii lib.III, t\t. I. De vita et honestate clericorum, c. 12.