Band 
Tome cinquième.
Seite
132
JPEG-Download
 

132

HISTOIRE GÉNÉRALE

diction de la venue du Sauveur. La cérémonie commençait par une •antienne chantée à la porte de l’église ; elle était terminée par cesdeux vers :

•

Sint hodie procul invidie, procul omnia mesta!

Leta volunt quicumque colunt asinaria testa.

L’antienne dont il s’agit est devenue plus tard l’introduction àl’office de la Circoncision composé par Pierre de Corbeil; elle estaussi destinée à être chantée à la porte de l’église. M. Félix Clémentconsidère l’antienne comme une précaution oratoire employée pourprémunir les partisans de la Fête de l’Ane contre la crainte de se voirprivés de leurs réjouissances accoutumées (1). Ce passage nousétonne à plus d’un titre : d’abord l’antienne n’est pas de Pierrede Corbeil, puisqu’elle est prise d’un ordinarium de la cathédrale deRouen, lequel remonte à la fin du onzième siècle, suivant la préfacedu missel de ce diocèse imprimé à Rouen , en 1523. En second lieu,

M. Clément y reconnaît que la Fête de l’Ane a précédé la compositionde l’office de la Circoncision, et cependant on lit dans le même ou-vrage, trente-huit pages plus loin : « Voici une copie du manuscrit« de Reauvais qui, d’après nos renseignements, ne renferme pas un« office, mais une sorte de mystère postérieur d’un siècle au moins à« l’office de Sens, et n’ayant aucune autorité historique et encore biena moins religieuse. » Évidemment il y a là une contradiction; maisc’est la moindre chose. Ce qui est plus sérieux, c’est l’inexactitudedes renseignements fournis à M. Clément : ceux qui les lui ont donnésl’ont trompé. S’il avait connu le passage du Glossaire de Du Cangeque nous avons rapporté, il y aurait vu, par les termes mêmes dumanuscrit d’après lequel a été fait tout l’article, que la Fête de l’Aneétait si bien un office, qu’on y célébrait une messe solennelle, etque Dulaure n’a fait que répéter, sur cette messe, le passage du ma-nuscrit rapporté par Du Cange. Enfin , il aurait reconnu qu’au lieud’être postérieur d’un siècle à l’office de Sens, il l’a précédé d’aumoins cent ans, puisque Du Cange, qui travaillait à son Glossaire versle milieu du dix-septième siècle, dit que le manuscrit qu’il avaitsous les yeux remontait à 500 ans, c’est-à-dire au douzième siècle.

La fête de la Circoncision et la Fête de l’Ane n’avaient point ori-

(1) Histoire générale de la musique religieuse^ p. 12G.