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Tome cinquième.
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HISTOIRE GÉNÉRALE

Une idée singulière s’est produite en France concernant la rote :Bottée de Toulmon est le premier qui lui a donné cours. N’admettantpas que le nom de l’instrument indique sa forme ou celle de quel-qu’une de ses parties, comme l’ont cru Ekkehard, Du Cange etl’abbé Gerbert, il s’élève contre l’opinion de ceux qui y ont vu lavielle dont les sons se produisent par le frottement d’une roue sur lescordes; il veut que rota vienne de chrotla, nom du crouth galloislatinisé au sixième siècle par l’évèque Yenance Fortunat; en sorteque, suivant cette étymologie, la rote aurait été un instrumentà archet. Kastner a adopté cette opinion (1) partagée aussi par deslittérateurs qui n’ont point assez étudié laquestion. M. de Coussemakerreproduit les arguments de Bottée de Toulmon et y ajoute de nou-velles considérations dans le même sens (2). Cependant il est obligéde reconnaître la réalité des rotes à cordes pincées; suivant lui, il ya donc eu deux genres d’instruments absolument différents qui ontporté le même nom. Ces diverses opinions manquent de fondement.On ne saurait tirer des passages de poèmes qu’on a cités pour lessoutenir aucune preuve en faveur de l’existence des rotes à archet. Ilne s’agit pas de la roue de la vielle, comme l’a dit Bottée de Toul-mon : ce qui est en question , ce sont des instruments à sept, à dix,à dix-sept cordes; or, il n’exista, ni dans les siècles de barbarie, niau moyen âge, d’instruments à archet en ayant de pareils nombres;on ne les trouve que dans les instruments à cordes pincées.

L’Eoud arabe, transporté en Espagne au commencement du huitièmesiècle et que les croisés répandirent en Europe dans le douzième, yest devenu le luth. Sa forme orientale ne fut pas modifiée d’abord ;

ce ne fut que dans la seconde partie du quator-zième siècle qu’on commença à diviser son man-che par des cases. Le nombre des cordes varia sui-vant les époques, les pays et peut-être aussi lecaprice des musiciens ou des luthiers. Les diffé-rentes figures qu’on en trouve dans les manus-crits et sur divers monuments représentent desluths à quatre cordes simples ou doubles, avecFig. 2 . ou sans cases, comme on le voit fig. 2 et 3 :

(1) Les Danses des morts, Paris, 1852, p. 241.

(2) Annales archéologiques de Didron, t. VII, p. 241 etsuiv.