214
HISTOIRE GÉNÉRALE
que le premier clavier de l’orgue d'ILdberstadt n’a pas d’autre basse quela pédale et que ce premier clavier appartient évidemment à l’instru-ment de 1361, on comprendra qu’il y a de solides raisons pour croireque le clavier de pédales est du même temps. Quant à la prioritéd’invention supposée appartenir à Bernardo Murer, M. Caffi fait re-marquer (1) que les actes des procurateurs de Saint-Marc, de Venise,ordinairement très-soigneux de tout ce qui se rapporte à la gloire deleur chapelle ducale, ne font aucune mention d’une invention de cegenre.
La partie mécanique de la facture des orgues était restée si gros-sière, particulièrement en Allemagne, jusqu’à latin du quinzièmesiècle, queles soupapesdes registres ne pouvaients’ouvrirqu’aumoyende rudes efforts gymnastiques exécutés parles organistes. On voit, dansla planche XXIV du Thealrum instrumenlorum, de Prætorius, les di-mensions des touches du premier et du second clavier de l’orgued’Halberstadt : leur longueur est de 9 centimètres et leur largeurde 7. On ne pouvait faire résonner ces notes’qu’en les frappant àcoups de poing (2). Il y avait à l’église Saint-Paul d’Erfurt, à Saint-Egide de Brunswick et à Saint-Jacques de Magdebourg, des orguesdont les claviers étaient analogues; leur mécanisme était si dur que,pour ne pas se blesser en frappant les touches de ces instruments,les organistes tenaient dans chaque main un gros morceau de boisavec lequel ils les attaquaient. La construction des orgues était beau-coup plus avancée en Italie à la même époque : le fait n’est pas dou-teux, le jeu de l’orgue étant, dèsda première moitié du seizième siècle,un art qui avait déjà sesvirtuoses illustres, tels que Baldassaro d’Imola,maître Jacques de Buus, Girolamo Parabosco, et bientôt après Annibalde Padoue, ainsi que cela sera démontré, au sixième volume de cetteHistoire, par des pièces d’orgue de ces maîtres. Or, pour les délica-tesses et les traits rapides qu’on y remarque, il a fallu des claviersde dimensions ordinaires et beaucoup plus légers que ceux dont ilvient d’être parlé. Ceci, comme on le voit, se démontre par la na-ture même des choses ; mais aucun monument ne nous fait connaître
(1) Stor'ia délia musica sacra nella gtà Capella ducale di San-Marco in Venezia ; t. II,p. 14.
(2) Voir à ce sujet Us renseignements fournis par Gaspard Calyor, dans sa Saxonia in-ferior antiqua, genlilis et chrisliana, p. 200.