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HISTOIRE GÉNÉRALE
senter? S’il s’était trouvé quelqu’un, au moyen âge, qui eût dit auxmusiciens : Écrivez ce qui doit être et non le contraire , il leur auraitrendu un important service. Il est douteux pourtant qu’on eût suivison conseil; qui sait même s’il n’eût pas été malmené, pour avoirdit ces paroles sensées? L’autorité de la tradition et des habitudesavait, sans aucun doute, fermé les yeux de tous sur les inconsé-quences de ce système extravagant, puisque, parmi tant d’hommesdoués de haute intelligence musicale et qui, depuis la seconde moitiédu quatorzième siècle, ont contribué aux progrès de la musique,pas un n’a élevé la voix contre cette aberration du sens commun.Cependant les occasions se présentaient à chaque instant, dans leurstravaux, pour les éclairer à ce sujet : c’est ainsi qu’étant obligés defaire la partition de leurs ouvrages avec la notation du plain-chantparce que cela n’eût pas été possible avec l’autre, ils transcrivaientensuite les parties séparées de chaque voix en notation proportion-nelle, imaginant une multitude de combinaisons énigmatiques danscette transcription, afin de mettre à l’épreuve l’habileté des chantres,et s’épanouissant de satisfaction quand ils les prenaient en défaut.Eux-mêmes se trompaient souvent au milieu des difficultés de leurstranscriptions : alors les épithètes'de cuistre et d'ignorant ne leurétaient pas épargnées. Les plus habiles n’étaient pas à l’abri de ceserreurs : on en voit la preuve dans les écrits de Tinctoris, savant théo-ricien de la musique qui vécut dans la seconde moitié du quinzièmesiècle. 11 y relève tour à tour des fautes de valeurs de notes dans lescompositions de Busnois, de Caron, d’Ockegliem et d’Obreclit, maî-tres illustres de cette époque. Nous ne croyons pas nous tromperen disant que l’adoption universelle, pendant cinq cents ans, de lanotation la plus défectueuse et la plus inutile, alors qu’on en possé-dait une bonne dont on ne faisait point usage dans la musiquemesurée, est un des phénomènes les plus extraordinaires de l’his-toire des arts. Sans doute, dans ce long espace de temps, la no-tation proportionnelle se modifia, mais ce fut en se compliquant dedifficultés nouvelles et plus ardues. Ce qui n’est pas moins digne deremarque, c’est que, parmi tous les historiens de la musique, il n’en estpas un qui ait signalé cette singularité. Il en est une autre non moinsremarquable, à savoir, que depuis l’abandon de cette notation, sonétude est devenue une nécessité pour l’histoire de l’art, étant la seuledont on s’est servi pour écrire les œuvres des musiciens, depuis les