DE LA MUSIQUE.
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il est impossible de saisir aucun sens mélodique : à la quarante-quatrième mesure commence un chant qu’on pourrait croire em-prunté à quelque chanson populaire et qui ne manquerait pas decaractère, si l’accompagnement qu’y fait la seconde voix n’en anéan-tissait toute la valeur; le commencement de cet accompagnementpar une quarte supérieure est une gaucherie insigne. Quant aux re-lations de simultanéité des sons entre ces deux voix, elles réunis-sent toutes les maladresses, toutes les impossibilités harmoniquesdont est remplie la musique de cette époque, bien qu’il n’y eût quedeux voix à faire concorder. Rien de plus plat que la multitude dequartes qu’on y remarque : rien de plus grossier que les disso-nances non préparées et faussement résolues des mesures il, 58 et59; rien de plus misérable que la quantité d’unissons entre cesdeux voix, lesquelles en font des successions directes ; rien enfinde plus antitonal que les successions de quintes directes qu’onvoit aux mesures 8, 9, 10, 11, 12, 62, 68, 69, 70, 7i, 78 et 79. Lesauteurs de traités de musique du moyen âge qui ont loué de pareillesénormités, en commettaient de semblables quand ils écrivaient desdéchants ù trois ou quatre parties : dans l’embarras que leur causaitl’obligation de faire mouvoir ensemble ces trois ou quatre voix,il leur arrivait même de multiplier les dissonances barbares plusque ne l’a fait Pérotin dans le morceau qu’on vient de voir. Pourvuqu’ils se conformassent à la règle établie par eux, laquelle exigeaitque lorsque les parties du déchant faisaient entre elles des disso-nances, elles fussent en consonnance avec le ténor, c’est-à-dire avecla voix qui avait le sujet principal, ils croyaient avoir satisfait àtoutes les exigences de la musique. Ils ne comprenaient pas que cetterègle, n’ayant pour base aucune des lois véritables de l’harmonie,était absolument insuffisante pour obtenir de bons résultats.
Nous croyons nécessaire de mettre sous les yeux du lecteur,comme exemple à l’appui de ce qui vient d’ètre dit, le Iriplum sui-vant écrit par le pseudonyme Aristote, qui fut un des maîtres lesplus renommés du treizième siècle (1). Il est formé de trois chantsconnus à cette époque et réunis, suivant la méthode usitée alors, la-quelle consistait à changer la valeur des notes dans les divers chants
(1) De Coussemaker, V Art harmonique, etc., p. 35.IUST. DE LA MUSIQUE. — T. V.