318
HISTOIRE GÉNÉRALE
ainsi que l’appelle Tinctoris, on possédait probablement des docu-ments d’après lesquels elle s’était établie et qu’on n’a pas retrouvésjusqu’à ce jour, les manuscrits des grandes bibliothèques de l’Angle-terre ne contenant pas des recueils de morceaux de musique du qua-torzième siècle semblables à ceux de l’Italie et de la France.
Toutefois il existe un monument qui parait appartenir à la se-conde moitié du treizième siècle et duquel on peut tirer des indica-tions intéressantes sur le commencement de la réforme de la musiqueà cette époque : il se trouve dans un manuscrit du Muséum britanni-que et provenant de l’ancienne Bibliothèque Ilarleyenne, sous le nu-méro 976. De savants connaisseurs en écritures anciennes en ontfixé la date vers 1250, quoique Hawkins et Burney aient cru qu’ilpouvait être du quatorzième ou du quinzième siècle. Nous feronsvoir tout à l’heure que le monument lui-même fournit des renseigne-ments plus certains. Il consiste en une ronde en canon à quatre voix àl’unisson, dont les premières paroles, en anglais du moyen âge, sont :
« Sumer is inumen inLhud sing cuccu »
c’est-à-dire, l'été est venu, le coucou solitaire chante. La notation, surune portée de six lignes ou de cinq, est celle du moyen âge, mais ir-régulière en ce que la mesure étant à divisions ternaires et les notesde deux temps étant représentées par des longues, celles-ci devraientêtre suivies de brèves pour le complément du mode parfait : or, aulieu de brèves, il y a partout des semi-brèves, en sorte qu’aucune me-sure n’est complète.
Au-dessous de la notation du canon se trouve celle de deux autresvoix qui portent le titre de pes (pied), parce qu’elles sont le soutiendes autres voix par leur harmonie grave. Elles font entre elles unautre canon perpétuel sur les paroles incessamment répétées singcuccu île coucou chante) (1).
Parla grande quantité de quintes et d’octaves successives auxquellesdonne lieu le canon dans son développement, il n’est pas douteuxque sa composition a précédé le quatorzième siècle, où cette imper-fection était devenue beaucoup plus rare ; mais par la forme rhyth-
(1) Le fac-similé de cette pièce, d’après le manuscrit du Muséum britannique, se trouve dansle premier volume du livre de M. W. Chappell intitulé : Popular Music of lhe Olden time.