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HISTOIRE GÉNÉRALE
autres voix viennent accompagner les quatre premières en faisant uncanon à deux parties sur un autre thème ! Tel est le morceau conservédans le manuscrit du Muséum britannique. Certes, tout cela peut sefaire aujourd’hui sans une grande fatigue d’esprit par tout compo-siteur connaissant les ressources de son art, parce que la science decet art a découvert des procédés de dispositions et de formes qui ren-dent ce travail plus facile ; mais le musicien qui, avant le quatorzièmesiècle, a fait le morceau dont il s’agit, a dû tout inventer, aucunautre canon n’existant avant le sien et ne pouvant être son modèle.Qu’on ne s’étonne donc pas de ce que, ayant à surmonter de si grandesdifficultés qu’il s’était créées lui-même, il n’ait pu éviter les succes-sions de quintes et d’octaves dont tous les déchanteurs avaient fait unusage habituel avant lui, et nonobstant ces imperfections, disons avecassurance qu’il fut le plus grand musicien de son temps. Il est re-grettable que son nom n’ait pas été conservé.
La réponse à la seconde question que nous avons posée au com-mencement de ce chapitre se présente ici naturellement. Nous nousétions demandé d’abord à quelle époque a commencé la transforma-tion de la musique harmonique du moyen âge, et nous avons démon-tré qu’on ne peut la placer plus tard que dans la seconde moitié dutreizième siècle Quant à l’autre problème : où s'est faite cette trans-formation? nous répondrons catégoriquement et nous dirons que c’esten Angleterre. Tout le monde comprendra, en effet, que le remarquablemonument qui vient d’ètre analysé n’a pu être un produit du hasardet que la route de la bonne harmonie devait être ouverte dans le paysavant que cette œuvre fût écrite; en un mot, qu’une école anglaise demusique en voie de progrès devait exister et être plus avancée qu’au-cune autre du continent. Ces considérations nous conduisent à penserque la date de ce morceau se place entre 1275 et 1280.
Les recherches auxquelles nous venons de nous livrer, sur une desépoques les plus intéressantes de l’histoire de la musique, nous sem-blent avoir atteint leur but en comblant une lacune qui existait entrele déchant du moyen âge et le perfectionnement de l’art harmo-nique par trois maîtres célèbres dont les noms brillent d’un grandéclat au commencement du quinzième siècle. Les travaux de ces ar-tistes seront l’objet du chapitre suivant.