Band 
Tome second.
Seite
191
JPEG-Download
 

É Q U

les termes dont fe fert M. de Piles : « Que l’un des» côtés du tableau ne demeure pas vuide, pendant» que l’autre eft rempli jufqu’au haut; mais que l’on» difpofe fi bien les chofes, que fi d’un côté le ta-» bleau eft rempli, l’on prenne occafion de remplir» l’autre , enforte qu’ils paroiffent en quelque façon» égaux, foit qu’il y ait beaucoup de figures , ou qu’elles» y foieftt en petit nombre ».

On apperçoit affez dans ces mots, en quelque façon ,qui ne font point dans le texte , que M. de Piles lui-même a fenti qu’il falloit adoucir ce qu’il venoit d’é-noncer : mais cet adouciffement ne fuffit pas. Il n’eftpoint du tout néceffaire de remplir un côté du tableau yparce qu’on a rempli l’autre , ni de faire en forte qu’ilsparoiffent, en quelque façon même, égaux. Les loixde la compofition font fondées fur celles de la nature ’& la nature, moins concertée, ne prend point pour nousplaire les foins qu’on prefcrit ici à l’artifte. Sur quoidonc fera fondé le précepte de Dufrefnoy l Que devien-dra ce balancement de compofition à l’aide duquel j’airendu fon idée ? il naîtra naturellement d’un heureuxchoix des effets de la nature , qui non-feulement eftpermis aux peintres , mais qu’il faut même leur recom-mander ; il naîtra du rapprochement de certains objetsque la nature ne préfente pas affez éloignés les unsdes autres, pour qu’on ne foit pas autorifé à les raffembler& à les difpofer à fon avantage.

En effet il eft affez rare que, dans un endroit enrichi,foit par les produéMons naturelles, foit par les beautésde l’art, foit par un concours d’êtres vivans, il fetrouve dans l’efpace que l’on peut choifir pour fujet d’untableau (c’eft-à-dire dans celui que l’ceil peut embraf-