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Tome second.
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E X P 22 ï v

tulier qu’ils tiennent de l’état acluel, c’eft-à-dire , descirconftances propres ou accidentelles qu’ils éprouvent.

Le caraûère eft à leur égard ce que Vexprejfioti eftà l’égard des êtres animés ; de forte qu’à la rigueur, lepeintre qui ne doit repréfenter aucun être vivant fansqu’on apperçoive qu’il éprouve une fenfation , ou unepaillon, ne doit aulïï repréfenter aucun être inanimé,fans donner à çonnoître, avec fa forme générale, fonétat accidentel, d’où réfulte fon caractère.

Le ciel a une apparence qui lui eft propre & uneapparence que lui donnent les accidens qu’il éprouve ;car en même temps qu’il eft aerien, tranfparent, &c ,il eft ferein ou couvert, calme ou orageux : il reçoitlà lumière ou du l'oleil levant ou du fbleil couchant.Un arbre eft non-feulement de telle ou telle elpèce;il eft encore jeune ou vieux ,fain ou malade ; il éprouveles effets de l’été, de l’hiver, du printems ou de l’au-tomne.

L’artifte qui fe fait une loi de ne peindre aucunobjet animé fans paillon, aucun objet inanimé fanscaraftère , eft femblable aux hommes qui n’écrivent oune parlent jamais fans avoir une idée jufte & précife.Celui qui peint fans avoir ces intentions, reffemble àceux qui , en fi grand nombre , difent ou écrivent desmots dont il ne réfulte qu’une idée vague & indéter-minée.

Les loix que vous venez d’établir, dira-t-on, praf-crivent des obligations fi difficiles, qu’on pourroitaffirmer qu’aucun artifte ne doit les avoir complette-ment remplies. Cela eft vrai: je penfe même que cetteobfervance eft au-deffus des moyens de l’art ; maisces loix n’en fout pas moins impofées par la nature.