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L’ORNEMENT DES TISSUS
que Gênes, vers cette époque, 1396, s'était volontairement donnée à la France, etque Jean Lemaingre, Maréchal de Boucicault, y gouvernait pour le roi en 1409.Son absence la fit perdre, cette même année ; de nouveau, et volontairementencore, elle se rendit à Charles VI. Moins heureux, Louis XII fut obligé d’aller enpersonne en réprimer la révolte. De ce côté encore les moyens de tisser la soie,et d’en transporer la fabrication à Lyon, ne manquèrent pas dans une ville quidepuis longtemps ouvrait son marché au commerce des soies grèges. En veut-on unepreuve tirée de nos annales? Quand Charles VIII, fils de Louis XI, entreprit defaire valoir ses droits sur le royaume de Naples, Pierre de Médicis, ne voulant sedéclarer ni pour la France ni pour les Napolitains, représente à ces derniers ques’il embrasse leur cause ils deviendront eux-mêmes un objet de haine pour sessujets, si le Roi de France, pour les châtier de lever les armes contre lui, chasse,comme il en fait la menace, les Florentins établis dans ses Etats, en leur interdisantle grand commerce qu’ils y font.
Lyon vit donc, suivant nous, s’établir dans ses murs le commerce et de la soieet du tissage de ce fil précieux. Dès le retour des Croisades, ou bien peu de tempsaprès, en 1354, sous Henri II, les ouvriers de la Manufacture d'or , dargent et desoie de Lyon sont déjà au nombre de douze mille.
Avignon possède aussi au xiv e siècle des fabriques de soieries. La présence dela Cour papale y étant devenue l’occasion d’un débit considérable d’étoffes de luxe,de nombreux artistes vénitiens, génois et florentins accourent à l’appel des légatsdu Saint-Père. Pétrarque parle dans ses poésies des gants que portait la « séduisanteLaure». Ces gants, coupés dans des étoffes de soie, étaient artistement brodés defils d’or et d’argent, de la main même de la belle Avignonnaise. L’art de la filatureet du tissage de la soie ne tarda pas à s’étendre et à se perfectionner dans toutle Comtat Venaissin ; on y fabrique des velours brocarts et brocatelles , satinades,gros de Naples, taffetas, camelots, damas, enfin des gazes unies, lamées d’or etd’argent. On cite, à cette époque, à Avignon, les noms de quelques chasubliers.Des chapes et chasubles, avec figures d’or fin, semées de perles, de pierres précieuses,sorties de leurs mains, témoignent de l’habileté du brodeur.
Les habits et ornements de soie devinrent, au xv e siècle, à la portée du plusgrand nombre des habitants d’Avignon; aussi, le cardinal de Foix, légat du Saint-Siège, pour faire cesser une confusion regrettable dans l’habillement, provoque-t-il une ordonnance qui restreint aux classes les plus élevées de la société le portd’habits d'or, d’argent et de soie. Mais le Consulat et le Conseil de ville repoussèrentce règlement, et firent défendre aux juges de la Cour de Saint-Pierre d’enappliquer les dispositions, réclamant la liberté de costumes dont les hommes et lesfemmes avaient joui jusque là.
Longtemps avant l’établissement des manufactures avignonnaises , des essaisavaient été faits à Nîmes; mais ce n’est que sous Louis XII que des lettres-patentes accordèrent aux Nîmois la permission d’établir une manufacture de toutessortes de draps et d’étoffes de soie. Des métiers propres à la fabrication des velours,des satins, des damas, des tapisseries et autres ouvrages de soie purent dès lorsfonctionner dans l’antique Nemausus. Bourges, Poitiers, d’autres villes encore se