INTRODUCTION GÉNÉRALE 27
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un intérêt tout particulier à sa bonne ville de Tours, avait fait venir de Lyond’habiles ouvriers; et bientôt les soieries brochées qu'ils fabriquent ne redoutentaucune concurrence. La Bibliothèque de Tours conserve la lettre originale que leRoi Louis XI adresse à ce sujet à ses chers et bien ame 7 les Conseillers et Trocureurs de saville de Lyon « pour ce que désirons fort, » est-il dit dans cette lettre, « que le« mestier des draps de soye soit fait et continué en notre ville de Tours, envoyons« présentement par de là, nostre cher et bien amé Macé Picot, nostre trésorier« de Nysmes , pour faire conduire et admener en notre ville de Tours les ouvriers« dudit mestier avec les molins, mestiers, chaudières et autres choses nécessaires à« icelluy mestier, lesquels sont de présent en nostre dite ville de Lyon. Et lui« avons chargé faire desfrayer lesdiz ouvriers de tout ce qu'ils doivent par delà à« quelque personne que ce soit, aussi paier la dépense que cousteront lesdiz molins,
« chaudières, mestiers et les autres ustenciles à admener par deçà. Si vous prions« que fetes en façon que les habitants de nostre dite ville fournissent ce qu’il sera* nécessaire pour le desfroy desdiz ouvriers et d’amenage des choses dessus dites,
« et aussi pour les acquitter de ce qu’ils doyvent en ladite ville. De laquelle chose
« croyons qu'ilz 11e nous vouldront pas refuser, veu l’affection que nous avons
toujours monstrée au bien de nostre dite ville de Lyon et des habitants d’icelle,
« et mesmement pour les causes que vous dira nostr edit trésorier , lequel avons
« chargé vous dire sur ce certaines choses de par nous, si le vueillez croire et faire
« touchant ladite matière en manière que cognoissions que désirez nous servir et« complaire ». Cette lettre est datée d'Amboise, du 12 mars 1470.
Les ohvriers arrivèrent, et une manufacture de tissus fut établie, dès cetteépoque, dans la capitale de la Touraine. La tapisserie y apparaît également au tempsde Louis XI, comme une industrie locale. Les souvenirs de l’Abbaye de Saint-Florent de Saumur, où les religieux tissaient de si magnifiques tentures ornées defleurs et d’animaux, reviennent à l’esprit du monarque, et il cherche à ressusciterdans la cité qu’il affectionne les anciennes traditions de l’industrie monacale.
C’est à Lyon, on vient de le voir, que se recrutent sous Louis XI les ouvriersen draps de soye; c’est là que se trouvent les molins , mestiers , chaudières et autreschoses nécessaires à icelluy mestier. Cela suppose évidemment une industrie en pleineactivité. Ce n'est donc pas sous François I er , ainsi qu’on l’a constamment avancé,que furent jetés les premiers fondements des manufactures lyonnaises. Elles nousparaissent clairement compter, déjà sous Louis XI, bon nombre d’années d'exis-tence.
Bien des causes encore viennent ajouter un témoignage favorable à cette conjecture.Dès l’année 1)64, Charles d’Anjou, frère de saint Louis, avait reçu d’Urbain IVl’investiture du royaume de Naples, dont il conquit la souveraineté sur Conradin,petit-fils de Charles VI d’Allemagne. Il s’y établit avec sa descendance , jusqu’aumoment où Charles d’Anjou , comte du Maine, légua par testament ce royaumeà Louis XI, roi de France. Si ce prince, il est vrai, n’entreprit rien pour recueillircette couronne, son fils Charles VIII le tenta, et l’on peut apprécier que depuislongtemps les princes français, successeurs des Normands en Sicile, avaient eu tousles moyens d’amener des métiers et des tisserands d’Italie, surtout si nous considérons