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L 'ornement des tissus : recueil historique et pratique / par M. Dupont-Auberville avec des notes explicatives et une introduction générale ; ouvrage édité sous la direction de M. Bachelin-Deflorenne
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3o LORNEMENT DES TISSUS

entraves quavaient apportées plusieurs siècles de barbarie ; il approche de la perfection enretrouvant son ancienne splendeur.

Le costume ne répond pas toujours malheureusement à la magnificence desétoffes quil emploie. Les jupes des femmes, au temps de Charles VII, tailléescomme des gaines, avec des queues interminables, leurs tailles relevées presquesous les aisselles, et ces immenses bonnets ou cornes, « ayant de chacun côté deux« grandes oreilles si larges, que quand elles voulaient passer par un huis, cela leur« était impossible » , tout cela était plus que commode, agréable à la vue. SousLouis XI, les costumes sont tout aussi excentriques. « Les femmes, raconte Monstrelet,« mirent sur leurs têtes bourrelets à manière de bonnets ronds , qui samenusoient« par dessus de la hauteur de demi-aulne ou de trois quartiers de long; aucunes« les portaient moindres et déliés, couvre-chiefs par dessus, pendants par derrière« jusquà terre. « Les jupes en fourreaux deviennent au siècle suivant amples etplissées outre mesure. « Les queues des robes sont devenues tellement longues », ditun auteur contemporain (elles avaient communément six pas), «qu'elles assemblent« sous icelles, quand elles traînent par les grandes salles ou églises, force stercores,« poussières, fanges et autres saletez. Plusieurs dames, et dillustres maisons, ont été« suffoquées sous telles longues robbes à queues. Les vertugales pesantes entre lesdites« longues robbes, dont le devant estoit couvert de quelque drap de soye, dor ou« dargent et le reste de gros canevat, faisaient que le soir quand elles salloyens« coucher elles avoyent les jambes enflées à cause du faix quelles portaient. »

Dautres ont traité avant nous et avec plus dautorité la question du costume.Il nous suffira dy avoir touché. Les bornes assignées à cette introduction nousinterdisent dailleurs de nous étendre davantage sur ce point, bien quil ait plusdun rapport avec lart de lornementation des tissus. Pendant cette époque sifertile de la période gothique et de la Renaissance, le tissage arrive à son apogée.Les velours se mettent en œuvre et se tondent de façon à produire des effets variés, soitdans lapplication de lor, soit dans la gradation des reliefs ; les brocarts et les brocatellesse font remarquer par dingénieux procédés du liage de leurs parties brochées. Lesdamas méritent par leur exécution le propre nom de drap de soie, que nous nepouvons plus comprendre aujourdhui. Repoussant désormais lexclusivisme de ladécoration empruntée au règne animal, quelques rares spécimens doiseaux affrontésse voient encore à la fin du xiv e siècle, mais la feuille lobée gothique, à la grenadecentrale, sy rencontre juxtaposée, et devient au xv e siècle lélément dominant desdernières compositions empruntées uniquement à lOrient. Dès lors le goût européense mélange et interprète plus librement les compositions étrangères, et les beauxvelours, coupés, contretaillés bouclés dor, à compositions de meneaux, de palmes,de couronnes de fleurs, marquent désormais leur place dans le domaine du luxe.

A une fête donnée en i^i 7 par le Connétable de Bourbon à loccasion dubaptême de son fils, il se trouva cinq cents gentilshommes habillés tout de velours.Lusage de ce genre détoffe envahit bientôt tous les rangs de la société ; et la Courose à peine sen vêtir encore, au point quen 1576, aux Etats tenus à Blois, uneordonnance fut rendue qui défendit aux domestiques de paraître dans cette villeavec des habits de velours. Cette prohibition fut rigoureusement observée et les