3 4
L’ORNEMENT. DES TISSUS
soie. Les sommes considérables qui, au détriment de notre industrie, sortaient chaqueannée du royaume pour achats de soie grège ou de soieries à l'étranger, troublaientsi fort les sentiments patriotiques du monarque, qu’il n’eut de repos que le jour oùil lui fut possible de faire cesser un état de choses si préjudiciable à nos intérêts.Olivier de Serres le seconda dans l’œuvre éminemment nationale qu’il avait entreprise.Ce fut sur l’invitation de ce savant agriculteur qu’il fit venir d’Italie plus de20,000 mûriers et une quantité considérable de graines qui furent libéralementdistribuées dans toute la France. Des mûriers furent plantés à Fontainebleau, auParc royal des Tournelles, et jusque dans le Jardin des Tuileries où des vers à soiefurent élevés dans un local ad hoc pour l’amusement et Yinstruction séricicole descourtisans.
Henri IV entreprit également de relever la fabrication des tapis que nos discordesciviles avaient sérieusement compromise, et qui menaçait de disparaître complètement.Il y réussit au moyen de nombreux ouvriers qu’il fit venir des Flandres, et en créant,en 1604, un établissement modèle qu'il ne craignit pas, en témoignage de sa hauteprotection, d’installer dans les bâtiments royaux du Louvre. C’est ce mêmeétablissement qui fut transporté plus tard à Chaillot dans une ancienne fabrique desavons : de là les noms de tapis de la Savonnerie donnés à ses remarquablesproduits.
La mort d’Henri IV porta un terrible coup aux diverses industries. Celle destissus fut, sans contredit, la plus cruellement éprouvée ; il ne fallut rien moins que legénie de Colbert pour la tirer de son profond engourdissement. Il ne se contentapas de lui donner de sérieux encouragements. Grâce à lui, de nombreuses pépinièresde mûriers sont créées dans plusieurs de nos provinces, et l’industrie séricicole reprendavec une incomparable vigueur. C’est à ce grand homme d’Etat qu’il faut aussi attribuerla création des manufactures des Gobelins et de Beauvais. Nous n’avons pas à faireici l’éloge du premier de ces établissements. Les peintres dessinateurs les plus renommés,les artistes les plus habiles ont, tour à tour, tenu à honneur de lui apporterl’appui de leur immense talent ; aussi ne craignons-nous pas de dire qu’il défie aujourd’huitoute espèce de rivalité.
Les tapisseries fabriquées aux Gobelins ne sont pas les seuls tissus qui, sousle règne du Grand Roi, excitèrent l’admiration enthousiaste des connaisseurs ; lesdessins de certaines étoffes fabriquées en France, à cette époque, en font des modèlesde grâce et de bon goût; il est vrai que ces dessins sont dus au crayon de Bérain,le célèbre décorateur des spectacles de la Cour. <<• II ne se fait rien de beau en Francetouchant les habits », dit le Mercure Galant , «qui ne soit de M. Bérain». Ce futlui qui, sur l'ordre de M me de Maintenon, dessina, pour les demoiselles de Saint-Cyrqui devaient jouer dans Esther, les magnifiques habits à la persane, couverts depierreries, qui firent une si grande sensation le jour de la première représentation decette tragédie, qui eut lieu, comme on sait, le 26 janvier 1689. Le Roi voulut qu’ony employât les perles et les diamants qu’il avait autrefois portés dans ses ballets.
Venise et Lyon sont rivales dans la fabrication des draps d’or au xvn e siècle.Les brocarts les plus riches sortent bien des fabriques italiennes, mais il n’existepas dans toute l’Italie une seule fabrique d’arazzi qui soit digne d’être signalée. Le