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L 'ornement des tissus : recueil historique et pratique / par M. Dupont-Auberville avec des notes explicatives et une introduction générale ; ouvrage édité sous la direction de M. Bachelin-Deflorenne
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LORNEMENT. DES TISSUS

soie. Les sommes considérables qui, au détriment de notre industrie, sortaient chaqueannée du royaume pour achats de soie grège ou de soieries à l'étranger, troublaientsi fort les sentiments patriotiques du monarque, quil neut de repos que le jouril lui fut possible de faire cesser un état de choses si préjudiciable à nos intérêts.Olivier de Serres le seconda dans lœuvre éminemment nationale quil avait entreprise.Ce fut sur linvitation de ce savant agriculteur quil fit venir dItalie plus de20,000 mûriers et une quantité considérable de graines qui furent libéralementdistribuées dans toute la France. Des mûriers furent plantés à Fontainebleau, auParc royal des Tournelles, et jusque dans le Jardin des Tuileries des vers à soiefurent élevés dans un local ad hoc pour lamusement et Yinstruction séricicole descourtisans.

Henri IV entreprit également de relever la fabrication des tapis que nos discordesciviles avaient sérieusement compromise, et qui menaçait de disparaître complètement.Il y réussit au moyen de nombreux ouvriers quil fit venir des Flandres, et en créant,en 1604, un établissement modèle qu'il ne craignit pas, en témoignage de sa hauteprotection, dinstaller dans les bâtiments royaux du Louvre. Cest ce mêmeétablissement qui fut transporté plus tard à Chaillot dans une ancienne fabrique desavons : de les noms de tapis de la Savonnerie donnés à ses remarquablesproduits.

La mort dHenri IV porta un terrible coup aux diverses industries. Celle destissus fut, sans contredit, la plus cruellement éprouvée ; il ne fallut rien moins que legénie de Colbert pour la tirer de son profond engourdissement. Il ne se contentapas de lui donner de sérieux encouragements. Grâce à lui, de nombreuses pépinièresde mûriers sont créées dans plusieurs de nos provinces, et lindustrie séricicole reprendavec une incomparable vigueur. Cest à ce grand homme dEtat quil faut aussi attribuerla création des manufactures des Gobelins et de Beauvais. Nous navons pas à faireici léloge du premier de ces établissements. Les peintres dessinateurs les plus renommés,les artistes les plus habiles ont, tour à tour, tenu à honneur de lui apporterlappui de leur immense talent ; aussi ne craignons-nous pas de dire quil défie aujourdhuitoute espèce de rivalité.

Les tapisseries fabriquées aux Gobelins ne sont pas les seuls tissus qui, sousle règne du Grand Roi, excitèrent ladmiration enthousiaste des connaisseurs ; lesdessins de certaines étoffes fabriquées en France, à cette époque, en font des modèlesde grâce et de bon goût; il est vrai que ces dessins sont dus au crayon de Bérain,le célèbre décorateur des spectacles de la Cour. << II ne se fait rien de beau en Francetouchant les habits », dit le Mercure Galant , «qui ne soit de M. Bérain». Ce futlui qui, sur l'ordre de M me de Maintenon, dessina, pour les demoiselles de Saint-Cyrqui devaient jouer dans Esther, les magnifiques habits à la persane, couverts depierreries, qui firent une si grande sensation le jour de la première représentation decette tragédie, qui eut lieu, comme on sait, le 26 janvier 1689. Le Roi voulut quony employât les perles et les diamants quil avait autrefois portés dans ses ballets.

Venise et Lyon sont rivales dans la fabrication des draps dor au xvn e siècle.Les brocarts les plus riches sortent bien des fabriques italiennes, mais il nexistepas dans toute lItalie une seule fabrique darazzi qui soit digne dêtre signalée. Le