INTRODUCTION GÉNÉRALE
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cardinal Barberini, pour faire cesser un pareil état de choses, et dans le but d’établirune fabrique de tapis dans la ville éternelle, charge, en 16^0, les représentants duSaint-Siège, à Paris et à Bruxelles, de le renseigner sur les meilleurs moyens d’atteindrele but qu’il se propose. La bibliothèque Barberini, à Rome, conserve les documents del’enquête ordonnée à ce sujet par l’homme d’Etat italien. Un rapport qui lui est adressé,signé dal eminentissimo cardinale di Bagno , nous apprend que le « cardinal de« Richelieu fait confectionner, à Tours, pour son propre usage, des magnifiques« tapisseries (richissimi) ; que là se trouvent des ouvriers de Paris, experts dans« l’art de teindre la laine ; que cette laine doit être teinte cinq ou six fois pour que<c la couleur soit durable ; que l’eau fangeuse et sablonneuse de la Loire est très bonne« pour cet usage, etc., etc. » Lin autre rapport fait connaître « que les soies« employées pour les tapisseries de Paris ( araigperi parigini ) viennent presque toutes« de Lyon, où on les teint indifféremment avec l’eau de la Saône et du Rhône, biencr que l'eau de la petite rivière des Gobelins ( Gobellini di San Marcello ) soit bien« supérieure pour la teinture. Il n’en existe pas de plus estimée », ajoute son Eminence,« dans le monde entier; cela est dû nécessairement à la quantité d’herbes, de« racines, de joncs, etc., etc., jointe à la qualité essentiellement bourbeuse de l’eau ».Les rapports des autres Eminences sont à peu près conçus dans le même sens. Il enrésulte ce renseignement précieux pour la gloire de notre industrie que, déjà auxvn e siècle, nos soieries indigènes suffisaient à alimenter nos nombreuses manufacturesde tapis ; que nos teinturiers et nos arazzieri étaient devenus aussi habiles que ceuxde la Flandre, et que c’étaient ceux-là qu’il fallait imiter de préférence, s'il s’agissaitde créer un établissement modèle pour la fabrication des tapisseries. Tous ces progrès,dus au génie puissant de Colbert, furent tout à coup anéantis par la révocation del’Edit de Nantes. Les familles protestantes allèrent établir à l’Etranger des concurrencesà notre production nationale. Elle ne se relèvera que fort difficilement du coupterrible qui lui est porté.
Les Indiennes vinrent, cependant, à la fin du xvn e siècle, ajouter une brancheimportante à l’industrie des tissus. Une première manufacture de ces toiles peintesfut créée, à Richmond, sur la Tamise, par un protestant français qui s’y était réfugié.Cette fabrication apparaît ensuite à Rouen, d’où elle ne tarde pas à s’étendre dans les vil-lages environnants. « Les manufactures de toiles siamoises », lisons-nous dans un ouvragedu temps, » s’étaient multipliées au point quelles occupaient une partie de ceux qui« devaient êcre employés à la culture des terres, et la récolte des grains n’ayant pu« se faire assez tôt par la disette d’ouvriers, il en résulta des pertes considérables.«■ Il fut ordonné de réduire le nombre de ces manufactures, et que, par provision,a excepté celles de Rouen et de ses faubourgs, elles cesseraient leur travail depuis« le I er juillet jusqu’au 15 septembre. » A la suite de ce règlement qui prétendaitassigner des bornes à la fabrication, les ouvriers de cette industrieuse généralité deRouen se dispersèrent sur différents points. L’Alsace nous semble en avoir recueilli unebonne partie. Trois habitants de Mulhouse, Samuel Koëchlin, Jacques Smaltzer et HenriDolfus, eurent l’heureuse pensée de former dans leur ville une association pour lafabrication des toiles peintes. Cette association eut les plus brillants résultats.L’établissement que fonda plus tard le fameux Oberkampf, dans la vallée de Jouy,