INTRODUCTION GÉNÉRALE
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en conséquence le travail exclusif des femmes. Les voiles, les surplis, les devants d’autelssont illustrés avec une telle perfection, qu’il semble plus d’une fois que des doigts de féespeuvent seuls avoir accompli un pareil travail. Vers cette même époque (17jo), futimporté de Chine en Europe le métier appelé tambour , au moyen duquel on put exécuter,soit à l’aiguille, soit au crochet, des broderies blanches qui sont également des merveillesde patience et de délicatesse.
Les fleurettes apparaissent sous Louis XVI, mais elles font bientôt place aux étoffes àsimples rayures. Voici ce que Mercier nous dit encore dans l’ouvrage que nous venons deciter (Paris 1788) : * Le zèbre du cabinet du Roi est devenu le modèle de la mode actuelle;
« toutes les étoffes sont rayées ; les habits, les gilets ressemblent à la peau du bel onagre.
« Les hommes jeunes et vieux sont en rayures des pieds à la tête: les bas sont aussi rayés.»
La Révolution qui marche à grands pas ne donne pas le temps à l’industrie depanser toutes ses blessures. L’époque bâtarde du Directoire, où nos merveilleuses,chaussées de cothurnes, n’arrivent, en cherchant à les imiter, qu’à singer les Athéniennesdu siècle de Périclès, n’est pas non plus faite pour la guérir ; plusieurs années de paixsont seules capables d’amener ce grand résultat. Il est enfin obtenu, au commencementdu siècle par un ministre qui, sans avoir la puissance et le génie de Colbert, n’en a pasmoins droit à l’estime de tous ceux qui se préoccupent du bien-être de la nation : nousvoulons parler de Chaptal. Les manufacturiers, les éleveurs de vers à soie, trouvent enlui un protecteur éclairé; aussi le poids de la récolte des cocons se trouve-t-il tout d’uncoup triplé et porté à 5 ou 6000 kilogrammes. C’est à cette époque qu’apparaîtl’invention de l’immortel Jacquart. Nous ne saurions mieux terminer cette introduction,qu’en donnant ici l’aperçu, d’après Louis Figuier, de tout ce que doit à ce modestesavant l’industrie de l’ornement des tissus.
Avant lui, les étoffes façonnées, les tissus à dessins se faisaient, en Europe, commeon les fait encore aujourd’hui dans l’Inde : pour chaque métier, il fallait trois ouvriers.L’existence de l’un d’eux, le tireur de lacs, presque toujours un enfant, était littéralementsacrifiée. C’est au milieu d’un labyrinthe de cordes de toutes dimensions, et de fils detoutes couleurs, enchevêtrés dans une infinité d’outils, d’aiguilles, de crochets, depoinçons, de ressorts et de poulies, que le malheureux devait tour à tour élever, abaisser,tirer ou croiser les fils,qui le forçaient de plier incessamment son faible corps aux positionsles plus difficiles et les plus pénibles. Le tisserand lyonnais eut la gloire de soustraireces malheureux à un travail meurtrier. Grâce à sa sublime invention, le tireur de lacsfut supprimé dans tous les ateliers, et le tisseur de soie put dominer sa machine au lieud etre asservi par elle. Il est inutile d’énumérer les prodiges accomplis par la découvertede Jacquart ; l’influence quelle a exercée sur le tissage de toutes les étoffes peut àpeine s’imaginer.
L’drt de l’ornement des tissus est-il plus avancé qu’à l’époque des Césars; nosbroderies sont-elles comparables à celles qui se fabriquaient dans l’empire Byzantin,et peuvent-elles être mises en parallèle avec celles qui ont été décrites par les historiensde la Chine? C’est au lecteur à résoudre ces questions ; nous nous retrancherons, quantà nous, dans l’opinion du bon Lafontaine, que nous avons déjà émise en commençant :
« Nous ne saurions aller plus loin que nos ancêtres : ils ne nous ont laissé que la«.gloire de les bien suivre ou de les imiter ».