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L’ORNEMENT DES TISSUS
sur les bords de la Bièvre, acquit une grande célébrité. Ce fut ce grand industrielqui, le premier, fit venir d’Angleterre, malgré les peines dont était alors frappéel’importation, la première machine à imprimer au rouleau. La réputation des toilesde Jouy devint, dès lors, universelle.
La gravure était un des éléments principaux de la confection des Indiennes :à la gravure sur bois vint bientôt se joindre la gravure en taille douce qui fit naîtrel’imprimerie dite à la planche plate , au moyen de laquelle on obtenait des effets dedessin d’une délicatesse et d’un fini extraordinaires. On voit qu’avec le secourspuissant de la science, le métier ne tarda pas à devenir un art, et qu’il a naturellementsa place marquée dans notre ouvrage.
Les ministres de Louis XV essayent de ressusciter les traditions de leurs illustresdevanciers, en protégeant les manufactures de tissus. Les Intendants des provinces fontdes efforts pour réveiller en France l’industrie séricicole ; ils n’obtiennent, les uns etles autres, que des succès insignifiants ; cependant, l’abbé Boissier de Sauvages publie,vers 1760, divers ouvrages importants qui relèvent le moral des industriels, en leurindiquant les avantages d’une éducation plus habile et plus raisonnée du ver à soie.Mais nous touchons à l’époque de la Révolution, les esprits ont dès lors des occupationsplus graves. To be or not to be, être ou ne pas être : voilà pour tous le problèmeà résoudre. On ne profitera donc des conseils du savant abbé qu’au retour de lapaix, et lorsque le métier Jacquart aura donné au tissage des étoffes de soie uneimmense impulsion. Si l’industrie a pu péricliter par suite de la maladroite et pernicieuserévocation de l’Edit de Nantes, si elle a pu ne pas se relever sous le règne de Louis XV.le goût ne s’est pas amoindri au moins ; tout ce qui sort des mains de nos artistesa toujours ce cachet d’exquise délicatesse que l’on ne saurait rencontrer ailleurs.La mode en est à la poudre, aux talons rouges, aux robes à collets d’abbé, aux dessinsde rubans, aux paniers, aux bergerades de fleurs semées, aux rayures droites serpentinesvivrées, mélangées de branches fleuries ; ces sortes de compositions forment le fonds dela plupart des étoffes consacrées à l’habillement qui, dans son ensemble, devient pourles femmes la chose la plus gracieuse du monde. Aussi le costume Louis XV fera-t-ilépoque : il réalisera ce que l’art et la coquetterie auront imaginé de plus gracieux. Avecdes variantes sans conséquences, il est ainsi porté jusqu’à la fin du règne de Louis XVI.« Rien de plus léger, de plus élégant, de plus jeune, que la parure actuelle des femmes ».lisons-nous dans le Tableau de Paris de Mercier. Cependant le critique croit devoir, luiaussi, s’élever contre les queues de robes exorbitantes encore en usage aux réceptionsde la cour. « On retrouve à la cour les queues traînantes des siècles précédents. Ces« queues me rappellent ces moutons indiens dont on est obligé de voiturerles énormes« queues dans un chariot qui les suit exprès. Nos duchesses marchent sur le parquet avec« ces longues robes, tandis que le reste de la parure est absolument changé. Pourquoi« a-t-on retenu cette queue de deux aunes balayant la poussière derrière elle ? »
On continue à broder indistinctement sur le drap, le velours, le satin ou le canevas,avec des fils de laine, d'or, d’argent ou de soie ; mais on revient surtout au milieu duxvm e siècle à la broderie sur toile à jour ou sur mousseline, c’est-à-dire, à la broderieblanche obtenue au moyen de fils tirés. La légèreté du tissu qui supporte ce moded’ornementation ne permet de le confier qu’à des mains fines et délicates ; il devient