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Tome I.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

cédemment indiquées. Car ce portique, il ne faut pas l’oublier, n’est qu’unplaçage élevé dans l’unique but de racheter la simplicité du corps de bâtiment,auquel il est mal soudé. Quoi qu’il en soit, nous tenons à constater que Y ordrecolossal, c’est ainsi que l’on nomme ce nouvel arrangement, a été introduitchez nous par l’architecte du connétable de Montmorency, qui en a fait àÉcouen la première application.

Si maintenant nos yeux se tournent vers le petit château de Chantilly,nous ne pouvons nous empêcher de remarquer que les colonnes engagées dela façade d’entrée traversent deux étages 1 . Il en est de même, du côté de lalangue de terre occupée jadis par un jardin, des pilastres corinthiens dressésentre les arcades du portique, et cette disposition se répète encore sur lespavillons d’angle vers le lac, ainsi que sur les deux avant-corps à l’intérieur dela cour. Or, est-il croyable qu’un autre que Jean Bullant ait pu, à la dateindiquée précédemment, se permettre une telle innovation ? Assurément non,quelque rapide que soit généralement l’adoption d’un faux principe. Cependant,comme on arrivait de la sorte à donner aux édifices une certaine apparencede grandeur, l’ordre colossal devait être rapidement appelé à une fortuneincroyable. Non seulement nous le retrouvons dans toutes les constructionsimportantes de la fin du xvi e siècle 2 , mais cent ans après son apparition, sousLouis XIV, il est plus en faveur que jamais.

D’autres points de rapprochement entre Écouen et Chantilly ne nousmanqueraient pas encore. Mais laissons auparavant la parole à Willemin, dontles appréciations valent souvent mieux que les renseignements historiques.

« La façade du petit château », dit-il, « est une élégante compositionqui participe des qualités et des défauts de l’école du xvn c siècle (lisez xvi e ).Le mérite des membrures et des détails, d’une rare finesse et d’un goût par-fois aussi pur que celui de l’antique, est en partie compromis par la bizarreriede l’ajustement et par cet enchevêtrement des parties qui force la corniche, cerégulateur inviolable du couronnement de l’édifice, à s’ouvrir en trois endroitsdifférents pour livrer passage à des fenêtres qu’un goût plus pur aurait bien puporter au second étage au-dessus.

« Le comble, par son élévation, contribue également à écraser de sonpoids l’édifice, déjà trop rabaissé par le manque d’une distance suffisante entre

1. Ces colonnes sont une réduction de celles d’Écouen.

2. Citons seulement l’ancienne galerie du bord de l’eau, entre le pavillon de Flore et celui de Lesdiguières, auLouvre, bâtie par Henri IV, et malheureusement détruite en 1862.