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Tome I.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

crites en pareille circonstance, affecte une élégance peu connue. Si le rez-de-chaussée ne présente, extérieurement du moins, qu’un long mur plein, lepremier étage, au-dessous duquel court une sorte de bandeau chanfreiné, estéclairé par une série d’ouvertures étroites, semblables à autant de meurtrières.Puis surgissent du toit cinq lucarnes, flanquées aux angles de doubles pilastresen équerre et surmontées de frontons circulaires. Jusqu’ici, toutefois, rien quipuisse attirer particulièrement l’attention, et certes ce bâtiment ne nous eût pasattardé un instant, si Jean d’Estrées n’avait trouvé bon de semer partout lesattributs de sa charge. Non seulement les boulets jouent un grand rôle dans ladécoration, engagés qu’ils sont dans les linteaux des petites ouvertures ou dis-posés symétriquement au sommet et aux angles des frontons, mais des canonssur leurs affûts lancent encore des bordées dans les tympans. Ainsi, même lesconstructions secondaires parlent à Cœuvres du grand maître d’artillerie, qui avéritablement tout refait à son image. Les ornements que nous signalons, pluspersonnels que des armoiries, ont la valeur d’une date et remplacent avecavantage le document le plus certain 1 .

Au besoin, tout ce que nous avons dit jusqu’ici suffirait à prouver que larégion autour de Laon et de Soissons n’a, pas plus que les autres parties de laFrance, résisté aux séductions de Fart nouveau. Cependant la liste des monu-ments qu’il importe de ne pas mettre en oubli est encore loin d’être épuisée.Outre deux grands châteaux qui seront bientôt l’objet d’un long examen, nouspouvons citer à Revillon, entre Fismes et Craonne, un gracieux petit manoir,bâti vers le milieu du règne de Henri II par un seigneur de la famille deHédowille 2 ; puis viennent, à Crécy-sur-Serre, plusieurs maisons de brique,et, dans la ville même de Château-Thierry, les remarquables boiseries del’église Saint-Crépin 3 4 . Certes, nous préférons de beaucoup ces sculptures peuconnues à la maussade habitation qui vit naître La Fontaine *. Si leur caractèren’est pas très élevé, si elles ne font que répéter à l’infini un système dedécoration dont la première Renaissance a abusé quelque peu 5 , il serait injuste

1. On a beaucoup discuté sur la destination précise de ce bâtiment, qui ne mesure pas moins de 66 mètresde longueur. Suivant nous, le rez-de-chaussée devait servir d’écuries au château, tandis que les étages supérieurs faisaientl’office de magasins où s’entassaient les redevances en nature de la seigneurie.

2. Les lucarnes surtout sont dignes d’attention. Trois colonnettes engagées encadrent une double baie qu’abriteun large fronton triangulaire.

3. Disposées en tribune, à l’entrée de l’église, elles ne semblent pas avoir jamais changé de place ni de destination.

4. Sur les pilastres corinthiens du second étage, des croissants entrelacés reportent la construction de cette maisonà l’époque de Henri 11.

5. Des niches, au nombre de vingt, alternent avec des piliers chargés d’arabesques. Par un heureux hasard,les statuettes qui complètent la décoration ont été conservées; elles figurent toutes des Vertus ou des Sibylles.