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Tome I.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

bandez, et dont quelques-uns se conduisent avec un baston comme des aveugles,et semblent aller vers un temple, à l’entrée duquel est le grand roy François,ayant une couronne de laurier sur la teste, un livre sous un bras, et une épéeen main, témoignant vouloir ouvrir la porte de ce temple pour y conduire etfaire entrer ces aveugles. Où par cet emblème l’on peut voir le soin qu’a pris cetillustre monarque à chasser l’aveuglement de l’ignorance qui estoit de son temps,et donner entrée au temple des Muses pour cultiver les sciences et les arts L »

Ainsi, — car il n’y a pas d’illusion à se faire sur l’intention de l’artiste, — laFrance était sans doute un pays semi-barbare, où l’ignorance florissait en compagniede tous les autres vices 3 , avant l’année 1534, qui vit le commencement de l’invasionitalienne 5 . C’est au Rosso d’abord, puis au Primatice, sans parler des autres artistesarrivés quelques années plus tard 4 , que nous avons dû de voir enfin notre intelli-gence ouverte au sentiment du beau. Tout le passé n’était que ténèbres, et si Fran-çois I er , mieux avisé que ses prédécesseurs, n’eût courageusement fait appel à des maî-tres étrangers, peut-être languirions-nous encore dans le misérable état d’autrefois.

Cependant, lorsqu’au lieu de courber la tête devant un jugement intéressé,on veut bien seulement profiter des recherches qui ont été faites en ces dernierstemps, la situation respective des deux pays engagés dans le débat ne tarde pas àse modifier étonnamment. Non certes la France n’avait pas attendu jusqu’au milieudu xvi e siècle pour produire en tous genres des œuvres magnifiques, et il seraitplus vrai de dire que l’art chez elle, s’il avait subi des éclipses, ne s’était jamaisévanoui tout à fait. Aussi, les changements apportés dès le règne de Louis XII ausystème de construction, par exemple, ont-ils de profondes racines dans le passé,contrairement à ce que nous pouvons voir en Italie, où tout renaît véritablement,tandis que, de ce côté des monts, nous assistons à un simple renouvellement.

Dans ces conditions, c’est en vain qu’on voudrait nous enlever la gloire d’avoirsu doucement concilier l’adoption des formes antiques avec le maintien rigoureuxde certaines dispositions que nécessitent des habitudes et un climat différents :

1. Le Trésor des merveilles de la maison royale de Fontainebleau, etc. Paris, 1642, in-folio, p. 88.

2. La fresque qui nous occupe n’était connue que sous le nom du Bannissement de Vignorance (Guilbert, Descriptionhistorique de Fontainebleau, Paris, 1731), jusqu’à ce que M. Reiset [Etude sur Niccolo delVAbbate, Paris, 1859, p. 8J laieut trouvé cette nouvelle désignation : l’Ignorance et les Vices chassés par François T 1 2 .

3. En fixant une date aussi éloignée, nous sommes même très généreux, car il se pourrait fort bien que Le Rosso nefût venu en France qu’en 1535. Vasari nous dit, en effet, que cet artiste ne précéda Le Primatice que d’une année; or, pource dernier, la date de 1531 n’est pas soutenable. Autrement, suivant le même Vasari, il n’aurait pu être au service deFrançois I er depuis huit années seulement lorsqu’il fut nommé abbé de Saint-Martin en 1544. Cf. üescriiione dell’ opéré diFrancesco Primaticcio ad principium.

4. Benvenuto Cellini nous dit lui-même qu’il n’entra au service de François I er qu’en 1540 [Vita, etc. lib. III. cap.iv).

Quant à Serlio, qui désirait beaucoup se joindre à ses compatriotes, ses vœux ne furent exaucés qu’en 1541.