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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
Du reste, il est bon de le répéter, si la France au lieu de procéder elle-même au rajeunissement de son architecture, eût abdiqué dès le premier instanttoute initiative personnelle, l’évolution qui nous occupe ne se serait pas pro-duite de la même façon. Moins timide et plus générale, nous l’eussions vuedébuter surtout par l’altération des grandes lignes, tandis que, comme à Melun,par exemple, dans l’église de Saint-Aspais, certains détails portent uniquementson empreinte. On dirait que Jean Defétin 1 d’abord, puis Jean François 2 ,auxquels est dû ce remarquable édifice 5 , tout en sentant le besoin de sacri-fier à l’art nouveau, tiennent à conserver le plus possible de leurs anciennespratiques. S’il s’agit de traiter les parties secondaires, d’ornementer une piscineou un retable, ils ne font aucune difficulté de remplacer les contre-courbespar des cintres géminés, non plus que les pinacles par des arrangements endôme avec pilastres et frontons 4 . Mais le fenêtrage est toujours en tiers-pointet le caractère des voûtes n’est que bien peu altéré par la multiplicationdes nervures et l’addition de clefs pendantes, quelles que soient leurs fortesdimensions.
Franchissons maintenant le premier pont jeté sur la Seine et allons, dansl’île Notre-Dame, admirer le petit cloître de Saint-Sauveur. C’est assurémentune des plus jolies constructions que la France possède en ce genre, et rienn’empêcherait d’en faire honneur au second des deux architectes indiqués plushaut. Seulement il y a ici un progrès sensible, et, du préau, on pourrait supposerque le triomphe est désormais complet. Toutes les arcades étalent une courbecintrée et les chapiteaux qui surmontent les colonnettes accouplées présentent lafranchise d’allure particulière aux bords de la Loire 5 . Si l’antiquité sert debase à l’inspiration, il n’en est pas moins vrai qu’en ceci principalement se
1. Avant d’être appelé à Melun, en 1506, pour construire le chœur de Saint-Aspais ( Bulletin du comité des arts etmonuments , II, p. 473), Jean Defétin avait travaillé au pont Notre-Dame, à Paris. M. A. Lance, nous ne savons pourquoi, aconsacré à cet artiste deux biographies, la première sous le nom que nous avons indiqué, et la seconde sous celui de Jeande Félin. Cf. Dictionnaire , etc., I, p. 137 et 262.
2. « Jehan François, maistre maçon et tailleur de pierres # qui, à la date du 4 octobre 1515, passe un contrat avecles marguilliers de l’église de Saint-Aspais pour l’achèvement du chœur commencé neuf ans auparavant par Jean Defétin,doit-il être confondu avec l’artiste du même nom que nous rencontrerons plus tard travaillant au château de Madrid? Nousserions tenté de le croire, quoi qu’en dise M. A. Lance, qui semble avoir une grande propension à multiplier les articles de sonDictionnaire.
3. Son plan en forme de trapèze mérite d’être signalé. Nous ne lui connaissons d’analogues qu’à Notre-Damed’Etampes, Saint-Jean de Creil et Saint-Symphorien de Tours.
4. Ces retables sont d’autant plus curieux à étudier que l’on voit l’artiste, pour ainsi dire, s’enhardir peu à peu. Ilse contente d’abord de jeter à la partie inférieure un simple bandeau orné d’enroulements, puis il introduit des niches ter-minées en coquille et finalement arrive à emprunter tous ses motifs au nouveau style.
5. Suivant MM. Aufauvre et Fichot ( les Monuments deSeine-et-Marne, etc., in-fol. Paris, 1858), la première pierredu cloître de Saint-Sauveur aurait été posée en 1521. Cette élégante construction pourrait donc facilement être attribuée àJean François, dont l’origine tourangelle est incontestable.