ILE-DE-FRANCE.
éleva à cette dignité un artiste de profession, Philibert de l’Orme, dont lapassion dominatrice ne tarda pas à s’affirmer hautement. Aussi ne faut-il paschercher ailleurs « l’homme d’autorité et de plus de jugement » qui autémoignage de Serlio, « donna l’ordre de substituer à la voûte projetée unplafond de bois 1 ». Il est vrai que, pour être logique, il eût fallu tout refaire,qu’il n’existât plus aucune relation entre les efforts tentés jusqu’alors et le butqu’il s’agissait désormais d’atteindre. Philibert de l’Orme le sentit sans aucundoute, car, dans son mémoire justificatif, nous lisons ces mots : « A Fontayne-bleau, la grande salle du bal qui tomboyt, n’est-elle pas bien accoustrée tantde lambris que de la chemynée et massonnerye 2 ? » Toutefois, on ne feracroire à personne que des murs de trois mètres d’épaisseur, à peine terminés,aient déjà présenté si peu de chance de durée, qu’il fût devenu nécessaire deles consolider. Les droits de Gilles le Breton, dans la circonstance, demeurentdonc en leur entier, et c’est en vain que par des arguments quelconques onchercherait à y porter atteinte.
Quant aux avantages du changement imposé par Philibert de l’Orme, ilssemblent assez contestables. « Nous avons vu, dit Castellan à ce sujet, unerestauration de M. Percier de chacun de ces projets, et il nous paraît quecelui qui offrait des voûtes en arceaux surbaissés et supportés par les consolesrichement sculptées et dorées, qui n’ont pas été détruites, comme le dit Serlio,devait produire un plus vaste développement, un aspect plus varié et susceptiblede grands effets de clair obscur. On peut, d’ailleurs, avoir la conscience de cesdeux manières de couvrir les édifices, par la comparaison des églises voûtéesavec celles qui sont terminées par des plafonds 3 . » A cela nous ajouterons qu’endépit de la riche décoration jetée au-dessus des arcs, de chaque côté de lagalerie, l’œil ne se sent nullement satisfait. Ce qui devait être est trop apparent etce qui est semble trop forcé. La construction commencée suivant un principe setermine suivant un autre, sans que la moindre transition ait été ménagée. Delà résulte, dans toute la partie supérieure, une certaine roideur que l’art le plusélevé ne parvient pas à dissimuler.
A ce propos, l’occasion serait peut-être excellente de nous etendre longue-
1. « Ma sopragiungendo un’ huomo d’auttorità, di più giudi’do... fece levar via quei peducci di pietra, et ordinoviun cielo di legname. » Op. cit. L’identification de « l’homme d’autorité » dont parle Serlio, avec Philibert de 1 Orme,entrevue dès 1840 par Castellan ( Fontainebleau } études ; etc., p. 153)) a définitivement établie, trente ans plus tard,parM. Léon Charvet ( Sébastien Serlio } p. 24).
2. Instruction de M. d'Ivry, dict de Lorme, dans les Grands Architectes de la Renaissance, par A. Berty,page 54.
3. Op. cit., p. 153-154.