Band 
Tome I.
Seite
228
JPEG-Download
 

228

LA RENAISSANCE EN FRANCE.

Enfin nous pensons avoir démontré que jusqu’en entre la galerie de

François I er et celle d’Ulysse, s’élevait un corps de bâtiment à simple rez-de-chaus-sée terminé en terrasse. C’est alors seulement que la longue façade cessa d’êtreboiteuse, qu’à droite et à gauche, entre les pavillons, l’espace fut entièrementrempli. Charles IX n’eut pas l’initiative du projet, mais il compléta l’œuvre com-mencée par son père et continuée par François II. On le voit, ce genre de travailest tout différent de la prétendue décoration en placage dont il aurait revêtu,suivant la légende, des murs déjà anciens. D’ailleurs, le prince que nous venons denommer acheva de donner au château sa véritable physionomie en fermant, ducôté de l’orient, la cour de la Fontaine. Il est vrai que pour cela il ne put seservir de Serlio, mort depuis dix ans en 1564. Très probablement, c’est PierreGirard dit Castoret, déjà précédemment employé, qui éleva cette sévère construc-tion sur laquelle on a tant discuté.

Ainsi, durant trente-huit ans, de 1528 à 1566, l’équerre et la truelle necessèrent pour ainsi dire pas de fonctionner à Fontainebleau; mais les Comptes qui,presque jour par jour, nous font assister au développement du château, n’ont con-servé le souvenir d’aucun architecte italien. Serlio, à qui l’on faisait honneur dela majeure partie des constructions, n’est nommé nulle part 1 , et véritablement ilserait bien difficile de lui donner même une petite place au milieu des maîtresfrançais qui ne semblent pas avoir été disposés à s’incliner devant sa compé-tence. Sur le terrain de l’architecture, nos pères sentaient assez leur force pourne pas céder facilement et sans doute ils se jugeaient fort bien capables de pré-sider à la nouvelle évolution. Eux, du moins, comprenaient ce que réclamaientles traditions et les usages du pays et, tout en transformant de sombresdemeures en gais et riants châteaux, ils tiendraient compte des besoins à satis-faire, en même temps que des nécessités imposées par le climat et la nature desmatériaux.

Relativement à la décoration intérieure, au contraire, il est certain que l’actiondes Italiens fut de tout point prépondérante. Ceux-là même de nos compatriotesqui se trouvèrent appelés à fournir des travaux importants, adoptèrent pleine-ment leur manière et ce n’est pas sans trembler que nous nous permettons de faireun choix entre Laurent Regnauldin et Francisque Pellegrin. Mais l’intérêt ne seconcentre pas sur ce point secondaire, car, en définitive, peintres et stucateurs n’ont

1. Dans deux lettres patentes ( Comptes, etc., t. I er , p. 172 et 173), François I er donne bien à Serlio les titres « depaintre et architecteur ordinaire au fait de ses ediffices et bastimens audit lieu de Fontainebleau », mais l’on chercheraitvainement la trace de ce qu’il a pu peindre et construire en vertu de ces désignations, qui semblent avoir été purementhonorifiques