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Tome II.
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H

LA RENAISSANCE EN FRANCE.

vingt années de distance, procéder différemment. Cependant, devons-nous ajou-ter, si Jehan Grappin a modifié sa manière, il ne l’a pas changée à ce pointqu’elle ne soit toujours et partout facilement reconnaissable. Les niches qu'ilmultipliera, par exemple, à Gisors, entre deux colonnes appartenant à un ordrequelconque, il les avait déjà, depuis longtemps, creusées à Magny, nonseulement dans les ébrasements du portail, contrairement à ce qui se faisaitailleurs à la même époque, mais encore en un grand nombre d’autres endroitsoù l’on ne s’attendait guère à rencontrer ce genre de décoration 1 . Par là, ilentrait plus franchement qu’aucun de ses devanciers dans la voie de l’imitationromaine, et l’espace qui lui restait à franchir pour atteindre à l’apogée de l’artréputé classique ne pouvait manquer de se rétrécir chaque jour.

Aussi, après avoir examiné les diverses parties de cet ensemble remarquable,chercherait-on vainement à établir une répartition des responsabilités. Les chapellesexécutées au début du règne de Charles IX, avec leurs plafonds à riches comparti-ments, mais sans reliefs trop saillants, sorte de broderie continue jetée au-dessusde la tête des fidèles, loin de dénoter une autre main que le portail, conserventavec lui un véritable air de famille. Tout ce qu’on peut dire en réalité, c’estque l’architecte, loin de demeurer immobile dans la science qu’il savait si bienpratiquer, a fait suivre à son talent une marche régulière. Et puis, chose dignede remarque, les deux campagnes dont nous retrouvons les traces à Magnycorrespondent exactement aux temps de liberté laissés à Jehan Grappin parles travaux de Gisors. De 1543 à 1548 il put s’installer au lieu nouveau oùon l’appelait, comme de 1558 à 1561, rien ne l’empêcha de répondre uneseconde fois aux désirs de la fabrique 2 en venant compléter l’œuvre commencée.

Bien que dès maintenant une vive lumière soit jetée sur une existencetrop peu connue, que certaines lacunes importantes se trouvent presque com-blées, il n’en reste pas moins à cette occasion de sérieux devoirs à remplirencore. Nous ne pouvons oublier qu’à une très courte distance de Magny, dansle village de Saint-Gervais, s’élève une charmante église dont le portail seréclame également de l’architecte nommé tout à l’heure. Seulement, commela construction est de deux années postérieure 3 , si l’ensemble demeure à peu

1. Les dais-consoles destinés à abriter d’un, côté et à soutenir de l’autre les statuettes placées dans les voussuresont chacune de leurs faces occupée par une niche contenant un vase.

2. Si nous parlons de la fabrique et non pas du seigneur de Magny, Nicolas de Neufville, dont le nom a étésouvent prononcé au cours de notre travail sur Fontainebleau, c’est que la première opinion se justifie uniquement parl’usage, tandis que la seconde requerrait, comme appui, des armoiries, des monogrammes ou toute autre représentationanalogue.

3. La date de 1550 est gravée en un endroit très apparent.