Band 
Tome II.
Seite
119
JPEG-Download
 

ILE-DE-FRANCE.

n 9

struire un magnifique château sur le coteau d’Anizy, aux environs de Laon 1 . Ceprince de l’Église que l’abbaye de Saint-Denis compta vingt-huit ans à sa têteeut, semble-t-il, la faiblesse de se laisser consacrer de son vivant 2 un monumentd’une forme singulière. Sans doute il ignorait la triste réputation que les Abdé-ritains s’étaient acquise dans tout le monde hellénique pour avoir placé au hautd’une colonne la statue de l’une de leurs divinités. Mais l’eût-il su d’ailleurs,que cette invention se fût trouvée justifiée à ses yeux par l’emploi fréquentqu’il en voyait chez les Romains 3 . La Renaissance, surtout à l’époque de sapremière éclosion, s’intéressait plus à la délicatesse des détails qu’à la logique del’ensemble et, dans son désir d’imitation, elle s’inquiétait fort peu de faire unchoix parmi les diverses combinaisons que lui avaient léguées l’antiquité.

Quoi qu’il en soit, le prélat fut représenté à genoux sur une tablette demarbre noir 4 que supportait une haute colonne en marbre Campan-Isabelledont la base et le chapiteau étaient non en albâtre, comme on l’a prétendu jusqu’ici,mais en marbre blanc du Dauphiné 5 . Du reste, il est permis encore aujourd’huide se renseigner sur ce point, car le monument, sauf la statue qui a disparu,est toujours conservé dans la basilique de Saint-Denis. C’est là qu’il faut allerexaminer l’un des plus remarquables spécimens de sculpture ornementale queprésente la première moitié du xvi e siècle, de ce côté des Alpes. Composé de deuxparties, en effet, le chapiteau de la colonne du cardinal de Bourbon est d’uneexécution si délicate qu’on se demande à quel grand artiste le travail en a étéconfié. D’abord ce sont, au milieu de feuillages et de guirlandes de toutes sortes,des génies armés de thyrses ou des vieillards tenant élevees au bout d un bâtondes corbeilles remplies de fruits. Puis viennent des rinceaux, coupés, au droit desangles du tailloir, par des griffons alternativement à tête de chèvre et à tête delion. Quant aux rosettes si caractéristiques du chapiteau corinthien dont on avoulu ici reproduire la forme générale, elles sont remplacées tantôt pai desenfants groupés deux à deux auprès d’un vase, tantôt par une tête dange ou une

1. T. I er , p. 108-1 io.

2. Il est tout à fait impossible de reporter après la more du cardinal, c’est-à-dire après l’année 1557, le beau cha-piteau dont le dessin figure à la fin de cet ouvrage. Pour nous, tout le monument a été un acte de flatterie dès moines quien ordonnèrent l’érection en 15251, c’est-à-dire à l’époque où Louis de Bourbon leur fut donné pour abbé.

3. Citons, par exemple, les colonnes Trajane et Antonine.

4. « Cujas in genua provoliiti effigies cardinalitio habitu cernitur in tabula marmorea columnæ fastigio imposita. «Gallia christiana , t. VIII, p. 410.

5. Les marbres du Dauphiné ont une tendance à se graisser à la surface; ils se fendillent comme 1 albâtre et sonten outre un peu transparents et laiteux. De là, le nom qui leur est donné dans les anciens inventaires et qui est passé dansun grand nombre de descriptions modernes. Symphorien Champier en parle ainsi dans son Campus elysius galhcus (Lyon,1538, liv. V, ch. 11) : « Est apud Allobroges alabastrites coloris mellei, in vercice maculosi. »