NORMANDIE.
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les signes distinctifs du style d’Hector Sohier, d’un côté, l’absence de meneaux auxfenêtres et, de l’autre, la forme donnée aux pinacles. Du reste, ce n’est pas seu-lement au sommet des contreforts qu’apparaissent les’ admirables candélabresdont tout voyageur a sûrement conservé le souvenir ; on les retrouve encore sedétachant en application sur des pilastres. Il ne manque plus pour compléterl’énumération que d’indiquer les grands losanges inscrits dans des panneauxrectangulaires à la partie postérieure du pavillon octogonal.
Eh bien, que l’on considère maintenant l’abside septentrionale de l’égliseSaint-Sauveur : , dans la même ville de Caen, et, très probablement, il n’y aurapas d’hésitation sur le nom de l’architecte auquel est due cette autre construc-tion remarquable. Seul, Hector Sohier a pu se copier aussi fidèlement. Cesgrandes fenêtres cintrées qui versent abondamment le jour à l’intérieur lui appar-tiennent trop ouvertement pour qu’elles ne soient pas son ouvrage. Quant auxcontreforts, on les croirait détachés de Saint-Pierre, tant ils ont de rapport avecce que nous avons étudié tout à l’heure. Plus que jamais ce sont des candélabresqui font les frais de la décoration. Il n’y a pas de balustrade à la naissance dutoit, ce qui nous prive de quelque chef-d'œuvre nouveau ; mais la base, cettefois, est brillamment ornée. Une plus sage application des losanges y a été faite;tous se rattachent par des appendices à la bordure dont ils sont entourés au lieude remplir le champ du tableau.
Reste la question d’âge. L’abside de Saint-Sauveur est-elle postérieure à cellede Saint-Pierre? Nous sommes porté à le croire et voici pourquoi. Les fenêtressans meneaux n’ont pu être inventées que pour permettre à la lumière de pénétrerplus facilement dans les endroits obscurs multipliés par la substitution des plafondsaux voûtains de remplissage. En second lieu, à la partie supérieure principale-ment, se montre une plus grande tendance à reproduire les divisions de l’architectureantique. Nous possédons un véritable entablement avec corniche très saillante et friserichement ornée. Mais si tout s’est passé ainsi que l’étude attentive du monumentsemble le faire supposer, si même, suivant toutes probabilités, l’abside de Saint-Sauveur a été la dernière œuvre d’Hector Sohier 1 2 , que devient le raisonnementsur lequel nous nous sommes appuyé pour démontrer que les parties hautes etles parties basses de Saint-Pierre ne pouvaient revendiquer une commune origine ?Les faits nous donneraient-ils un démenti et par une exception dont on n’a pas
1. Saint-Sauveur, à proprement parler, est composé de deux églises différentes accolées l’une à l’autre. Celledu midi appartient au xv' siècle, tandis que celle du nord, plus ancienne, se termine par une abside de la Renaissance.
2. C’est ce qui expliquerait l’absence de couronnement ; le grand architecte serait mort avant la fin des travaux.