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Tome III.
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LA RENAISSANCE EN FRANCE.

XIV

Par une étrange bizarrerie du sort, la Bretagne qui, de tous les pays, semblele moins apte à briller dans les arts plastiques, a justement donné naissance àLun des plus grands sculpteurs dont la France s’honore. Car, il n’y a plus àdiscuter désormais sur l’origine de Michel Colombe qui a bien pour compatriotesnon les habitants de Tours, mais ceux de Saint-Pol-de-Léon. A défaut d’une pièced’archives, nous avons pour trancher la question une inscription copiée au xvn e siè-cle et conservée depuis dans le recueil de Gaignères 1 . Sa rédaction, qui est l’œuvredes carmes, les gardiens du tombeau de François II, à Nantes, mérite d'autantplus de créance que ces religieux évidemment savaient à quoi s’en tenir sur lanature du renseignement transmis de la sorte au public. Quant à soupçonnerune supercherie, il n’y faut pas songer. Dans ce cas, en effet, on ne fût pas alléchercher une ville aussi éloignée et que rien ne recommandait particulièrementcomme centre artistique.

Nous n’avons pas à raconter ici la vie de Michel Colombe qui, après un longséjour à Dijon où il était allé se former par la contemplation des œuvres de Cl auxSluter, vint s’établir à Tours en 1460 ou 1461. Là, du moins, il serait plus libredans ses mouvements et rien ne l’empêcherait de reprendre des traditions troprapidement abandonnées en Bourgogne 2 * * * . Le centre d’action de la Renaissance,grâce à lui, allait être transporté de l’est à l’ouest et bientôt ne tarderait pasà briller une nouvelle école dont le développement se trouverait favorisé parle lieu habilement choisi de sa résidence. C’était le temps, en effet, où la cour sesentait de plus en plus attirée vers les bords de la Loire, où, de tous côtés, aumilieu de calmes paysages, dans un pays réputé pour la douceur de ses habitants,commençaient à s’élever des constructions plus magnifiques les unes que les autres.

1. Tome I", fol. 108, manuscrits d’Oxford. L’inscription, qui ne compte pas moins de vingt lignes, relate en termi-nant que la reine Anne « fit construire » le tombeau de son père, François II, « par M° Michel Colombe, premier sculpteurde son siècle, originaire de Vévesché de Léon en Bretagne ». Cf. A. Ramé, Note sur l’origine de Michel Colombe dans leBulletin du comité des travaux historiques et scientifiques ; 1883, p. 137.

2. Dans notre étude sur Michel Colombe [Galette des Beaux-Arts ; t. XXIX, 2 e période, 1884, n 03 de mai et juin)

nous avons démontré que le tombeau de Philippe le Hardi était le point culminant de la sculpture bourguignonne. Le

mouvement de la Renaissance, inauguré par Claux Sluter, recula, en quelque sorte, sitôt après sa mort, C’est au point que

le tombeau de Jean sans Peur, bien que postérieur de plus d’un demi-siècle au précédent, semble avoir été exécuté avant

lui.