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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
une mémoire qui lui était chère, de faire appel à des artistes renommés'. Et enformant ce projet, ses regards se tournaient naturellement vers l’Italie, où ilavait sans doute vécu dans sa jeunesse 2 , pendant que l’évêque de Dol représen-tait le duc de Bretagne auprès de Sixte IV 3 . Une lettre fut donc dépêchéeimmédiatement à quelque correspondant dévoué, tel que le célèbre miniaturisteflorentin Attavante, par exemple, dont Thomas James avait été l’un des premiersà encourager les travaux*. La chose paraît d’autant plus vraisemblable que lessculpteurs dont nous parlons sont nés à San Martino a Mensola, petit village à troiskilomètres de Florence. Puis il fallait que Jean James eût une grande confianceen la personne à qui il s'adressait pour accepter d’elle, contrairement à sesdésirs, presque des inconnus. Car si l’aîné des Juste avait vingt-cinq ans en 1504,le plus jeune n’en comptait que dix-neuf s , et ce n’est pas à cet âge, à moinsd’une précocité extraordinaire, que l’on se trouve déjà en possession d’une certaineréputation. Mais, en revanche, rien n’empêche un esprit perspicace de devineren quelque sorte l’avenir, et tel a été le cas, croyons-nous, d’Attavante dansla circonstance.
C’est déjà beaucoup assurément d’avoir établi à quelle époque et par quiles Juste ont été appelés en France. Mais le tombeau de Dol soulève une autrequestion bien plus intéressante, car il s’agit de savoir si cette grande et bellepage de la sculpture au xvf siècle, suivant une inscription souvent citée, doitêtre mise uniquement au compte de Jean Juste. Pour notre part, nous nesaurions accepter sans contrôle des renseignements que tout contribue àrendre suspects. Non seulement les expressions dont on se sert n’ont pu êtreemployées à la date où le monument a été achevé, mais encore la substitution
1. L’inscription gravée sur un des grands pilastres, à gauche, et qui relate le fait, a été mal donnée par M. A. Ramédans les Mélanges d’histoire et d’archéologie bretonnes } t. II, p. 16. Voici comment elle se présente en réalité :
IOÂNIS : I AME Z : IVRIV : LAV TI
IHHONII : COMENDAT : DOL :
THESAV : ET : CANO : IMPÏSA :
ET : CVRA : STRVCTVM : AC.
ORNAT? : SEPVLCRV :
M : v cc : vu
2. Les Lettere pittoriche (c. III, p. 328-9) ne parlent que de François,, frère de Jean; mais ce dernier, qui étaitl’aîné, a dû également aller voir son oncle à Rome.
3. Il fut même, comme son père nommé Pierre, gouverneur du château Saint-Ange. La famille James avait doncen Italie d’anciennes et puissantes attaches.
4. Cf. Le missel de Thomas James } évêque de Dolj par Léopold Delisle, dans la Bibliothèque de l’École des chartes ,t. XLIII, p. 311. Suivant les notes de M. Milanesi (Le opéré di Giorgio Vasarij t. III, p. 234), Attavante serait né en 1452et le missel en question est daté de l’année 1483.
5. Nous ne parlons jamais que d’Antoine et de Jean Juste, bien que nous connaissions un troisième membre de lafamille nommé André, venu également avec eux en France. On ne sait, en effet, à quelle époque ce dernier est né, ni àquelles œuvres il a travaillé.