Band 
Tome III.
Seite
91
JPEG-Download
 

BRETAGNE.

9 1

année, prenait la route de Tours, attiré par la renommée de Michel Colombeet déjà peut-être rêvant que la succession du grand sculpteur lui écherrait unjour.

Bien que se recommandant pour l’ordonnance générale d’un seul et mêmeartiste, le tombeau de Dol n’en est pas moins composé de deux parties assezmal emboîtées l’une dans l’autre. A tout prix, on voulait utiliser certains sou-venirs du pays natal, rappeler les autels à ciborium si nombreux en Toscane 1 ,en même temps qu’étaler une de ces décorations où la richesse le dispute àl’élégance. L’heureuse combinaison des lignes, la parfaite harmonie de l’ensembleentraient peu, semble-t-il, dans les préoccupations d’Antoine Juste. En lui lesculpteur primait l’architecte et, véritablement, nous n’avons pas trop à nousen plaindre, car rien n’est délicieux comme le choix des ornements répandusà profusion sur toute surface tant soit peu faite pour être vue. Du haut enbas ce ne sont que candélabres, satyres, enfants, griffons, oiseaux, armes detoute sorte. Nous ne parlons pas de deux débris de statues figurant la Forceet la Justice, debout dans des niches à coquilles, aux côtés de l’encadrementqui contenait jadis la plaque de cuivre destinée à relater les vertus de ThomasJames 2 . Tout cela mériterait d’être étudié en détail, dessiné, reproduit, moulémême. En se donnant beaucoup de peine on arriverait peut-être à distinguerdans l’exécution quelle est la part d’Antoine Juste et quelle est celle de sonfrère. Car Jean nous a laissé là son premier ouvrage et nous serions forttenté, entre autres choses, de lui attribuer les deux portraits figurés plus haut.La place qu’ils occupent, aussi bien que leur élégance et leur caractère denoble simplicité, témoignent en faveur de notre sentiment.

XVI

Les tombeaux qui précèdent jouissent d’une grande réputation et tout lemonde en a entendu parler. Mais si l’on excepte quelques rares voyageursattardés plus que d’ordinaire aux environs de Vitré, nul assurément, en dehors

1. La ressemblance est encore plus frappante depuis que la statue de Thomas James a disparu.

2. Cette inscription, copiée au dix-huitième par les Bénédictins et conservée dans la Collection des Blancs-Manteaux(Bibl. nat.), a été publiée d'abord par Tresvaux, Église de Bretagne , 1839, p. 289, puis par l’abbé Guillotin de Corson,Pomllé historique de l’archevêché de Rennes , 1880, t. I er , p. 419.