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LA RENAISSANCE EN FRANCE.
de la Bretagne, ne soupçonne l’existence d’un troisième chef-d’œuvre conservédans l’ancienne collégiale de Champeaux, cette riche fondation des d’Espinay 1 ?L’histoire de l’art dans notre pays a été privée jusqu’ici d’un document impor-tant, car le maître inconnu qui a travaillé pour Louise de Goulaine de 1551à i))j 2 savait également bien concevoir et exécuter. Contrairement à ce quenous avons vu à Dol, il n’a pas mis surtout à contribution sa mémoire ; le plan, quiest d’une unité parfaite, lui appartient en propre et c’est avec bonheur que nouslouons l’heureuse combinaison des différentes parties, l’habileté avec laquellesont tournées certaines difficultés d’un programme assez compliqué. Les deuxgroupes de statues nécessités par les usages du temps* sont distribués de lamanière la plus naturelle. D’une part, la base surélevée et évidée reçoit lesgisants, ainsi placés dans une demi-obscurité, comme il convient à des corps nus,déjà tuméfiés par la mort, et, de l’autre, au centre du monument, une largearcade est réservée, en pleine lumière, aux figures agenouillées des défunts quiportent le riche costume dont ils étaient revêtus aux jours de cérémonies 4 .
Le tombeau qui nous occupe se distingue, en second lieu, par l’abondanceet la pureté de l’ornementation. Feuillages, armures, dessins géométriques sontempruntés à la meilleure antiquité et l’on sent que leur auteur était désireux dedemeurer classique avant tout. Quant à des allusions sous une forme quelconqueaux vertus de Guy d’Espinay ou à celles de sa femme, il n’en est pas question.Du moins avons-nous de la peine à prendre en ce sens les vers alambiqués où,pour prouver que la mort l’emporte sur l’amour lui-même, les quatre élémentssont appelés en témoignage s . On a tellement cherché à conserver au monumentun caractère presque impersonnel qu armoiries et monogrammes sont rejetés àl’intérieur de l’arcade 6 .
1. L’église de Champeaux n’est pas seulement remarquable par ses tombeaux, mais encore par ses vitraux et sadouble rangée de stalles. Ces dernières, qui présentent l’ornementation la plus délicate, semblent avoir été exécutées de1530 a 1535.
2. La première de ces dates est indiquée par la mort de Guy III d’Espinay, mari de Louise de Goulaine, arrivéele 2 août 155 1 ; quant à la seconde, elle se lit sur le monument lui-même.
3. Voir ce que nous avons dit sur cette double représentation des défunts dans notre deuxième volume, p. 83-84.
4. Les statues agenouillées ont disparu depuis longtemps; à leur place se voit aujourd’hui l’un des gisants.
5. Non cédât tellus, styx, aer, pontus amori;
Tellus, styx, aer cédât et unda mihi ;
Cédât et ipse puer quidvis mihi, si quid amoris
Mundus habet; mundus nam donat quidquid habet:
Quos nunc funereo junxi sub marmore quondamJunxit amor, vici, sic quoque victus amor;
Atquis Amor? etc.
Ces vers se lisent sur un cartouche soutenu par un squelette, presque au sommet du monument.
6. Les d’Espinay portaient d’argent au lion de gueules coupé de simple , couronné , armé et làmpassé d : or; lesGoulaine, parti d’Angleterre et de France. Les lettres G. L. rappellent les noms des défunts, Guy et Louise.