LE MAINE.
11 9
sans exception, se sont trouvés unanimes, durant plus d’un siècle, pour pour-suivre la construction d’un monument aussi riche que magnifique. L’église de laPerté-Bernard est une œuvre collective 1 , par conséquent peu faite pour mettreen relief la vanité personnelle de chacun de ceux qui ont pris part à son achè-vement. A ce titre elle mérite plus particulièrement d’attirer l’attention, et nous necroyons pas qu’à la même époque on puisse montrer beaucoup de semblablesdésintéressements. Du reste, la parole attribuée à Cosme de Médicis, qui comptaituniquement, pour demeurer dans le souvenir des hommes, sur les beaux édificesélevés de son temps 2 3 , si elle n’a pas servi de règle de conduite à bien desgens, s’est trouvée néanmoins vérifiée pour eux de la manière la plus éclatante.Les noms de Guillaume Chem inart et de Jean Bougler, par exemple, ne sontconnus aujourd’hui que grâce aux admirables sculptures dont ils ont enrichileur prieuré de Solesmes. C’est également le cas de Martin Guerrande, qui alaissé à la cathédrale du Mans une rare et précieuse tapisserie h Aussi paraît-ilévident que la satisfaction des instincts artistiques peut être considérée commel’un des moyens les plus sûrs de ne pas périr tout entier.
En Normandie, en Bretagne, voire même dans les environs de Paris, lenombre des édifices religieux bâtis durant le cours du xvi e siècle balance tout aumoins, lorsqu’il ne le dépasse pas, celui des édifices civils. Mais, dans le Maine, iln’en est pas tout à fait de même. Tandis que les églises, sauf dans un rayon assezpeu étendu autour de la Ferté-Bernard, demeurent à peu près ce qu’ellesétaient déjà depuis longtemps, presque tous les châteaux subissent une trans-formation plus ou moins complète. Nous n’en finirions pas si nous voulions nerien négliger, passer en revue aussi bien les constructions du temps de François I erque celles du temps de Henri IV. Si les premières sont les plus belles, si par desornements multiples elles arrivent à un effet de richesse qui sied à leur élégance,les secondes, grâce à des lignes savantes et bien étudiées, font naître un sentimentde grandeur et de majesté. On ne s’étonnera donc pas qu’après avoir admiréSamt-Ouen, le Lude et le Rocher, nous tournions les regards vers Foulletorteet Montécler. Toutes les transformations de l’art sont à noter, et c’est en nenégligeant rien de ce qui peut nous instruire que nous arriverons à déter-miner la part du Maine dans le grand mouvement provoqué par ses princes,mais auquel sa situation géographique et des habitudes traditionnelles ne lui ont
1. Léopold et Robert Charles, Histoire de la Ferté-Bernard, 1 877, p. 115.
2. Eugene Muntz, les Précurseurs de la Renaissance } p. 140.
3. Elle porte la date de 1499 et représente l’histoire de saint Gervais et de saint Protais.