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Tome III.
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LE MAINE,

12 I

vation des voûtes, liberté entière eût été donnée au constructeur L , il n’en est pasmoins vrai qu’en ce qui nous concerne, la situation paraît singulièrement modifiée.A la suite d’un chœur qui est une merveille du xm e siècle, nous eussions vu une nefbâtie dans le style le plus élégant de la Renaissance. Or, quand on songe à larenommée dont jouissait le seul homme à qui Philippe de Luxembourg avait laliberté de s’adresser, il est bien permis de se demander si l’excès de précautionmontré par les chanoines ne nous a pas privés d’un chef-d’œuvre. L’effet de dispa-rate qui, dans tous les cas, ne pouvait manquer de subsister, présenterait au moinsune excuse, car il nous ferait connaître sous l’une de ses faces les plus curieusesle talent de Simon Hayeneufve, qui fut, dit-on, aussi bon architecte que sculpteurde mérite et peintre excellent.

Certes, nous ne sommes pas de ceux qui se montrent incrédules par système;mais, cependant, il faut bien avouer que les éloges donnés par un poète ou unhistorien ne suffisent pas pour établir à nos yeux le mérite d’un artiste. L’amitié,la complaisance, voire même un sentiment de vanité locale jouent un tropgrand rôle en pareille occasion, et c’est avec prudence qu’il faut accepter desassertions parfois assez légèrement émises. Du reste, nous irons plus loin encore,et la confiance que nous refusons de donner en aveugle à des écrivains, quelsqu’ils soient, ne saurait pas davantage être accordée aux documents authen-tiques, lorsqu’ils se présentent à nous isolément et sans rien qui les appuie. Toutmonument dont on parle doit faire directement sa preuve, et l’on peut direqu’en matière d’art principalement le contrôle est une de ces nécessités qui s’im-posent. Sans cela il serait vraiment trop facile de créer des renommées, et nousdemeurerions perpétuellement esclaves d’appréciations qui, vu les expressionsemployées, paraissent souvent dépasser la mesure.

Non loin de la cathédrale s’élevait jadis l’église des Jacobins, qui, de i 517 àla fin du xvT siècle, reçut de notables embellissements. On vantait surtout avecjuste raison le jubé dû à l’heureuse collaboration de deux artistes manceaux,Boisselleret et Huet. Le premier, qui était à la fois architecte et sculpteur, eutsans aucun doute la direction de l’ouvrage qui, dans sa forme générale, ressem-blait à un arc de triomphe 1 2 . Huit colonnes corinthiennes, réunies deux à deux,faisaient saillie sur le mur percé de trois portes cintrées et couronnées, un peuen retrait de l’entablement, d’un attique divisé en nombreux panneaux. Bien que

1. La différence de hauteur qui existait entre les voûtes de la nef et celles du chœur était le grand argument quefaisaient valoir les partisans de la reconstruction.

2. Voir le dessin donné par Ch. Cosnard dans son Histoire du couvent des frères prêcheurs du Mans } 1879, p. 113.