LA RENAISSANCE EN FRANCE.
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déjà établi, c’est qu’au lieu d’aller chercher au loin les sculpteurs dont on abesoin, nous devons peut-être les demander aux provinces les plus voisines. Etde fait, à l’époque où furent exécutés les grands travaux de Solesmes, il existaità Angers un artiste éminent, si nous en jugeons par les nombreux appels faitsde différents côtés à son talent. On le retrouve au Mans aussi bien qu’à Nantes,chaque fois que l’œuvre projetée nécessite une main habite et depuis longtempséprouvée. C’est ainsi qu’en 1534 il est seul jugé digne de parfaire un retabledemeuré inachevé depuis la mort de Michel Colombe 1 . L’école de Tours, durantun demi-siècle, n’a pas eu de représentant plus attitré, et toutes les traditionsdu vieux maître qui a rendu si célèbre l’atelier de la rue des Filles-Dieu setrouvent incarnées en ce « tailleur d’ymaiges » dont le nom, qui a déjà figurédans ces pages, était Jean des Marais.
Notre opinion paraît d’autant plus vraisemblable que, pour des observa-teurs sérieux, toute la partie ornementale de Solesmes présente une étroiteparenté avec celle de l’hôtel de Pincé, à Angers, qui se trouvait, on le sait, en pleineconstruction vers 153). Dans les deux endroits, par une exception bien rare,une frise dorique avec tout son attirail de triglyphes et de patères se glisse aumilieu du plus riche épanouissement de la première Renaissance. Puis, entre lesniches qui, dans une sorte de me^anino, au-dessus des grandes arcades du rez-de-chaussée, abritent des théologiens en buste, se montrent des balustres qui, vuleur forme et leur multiplicité, sont une indication d’origine, car on les retrouve unpeu partout en Anjou où ils caractérisent la manière d’un maître. Nous serionsdonc tenté de croire que pour l’architecture Jean des Marais s’était associé lecélèbre Jean de Lespine 2 , une des gloires artistiques de sa province. Les deuxcompatriotes avaient, du reste, l’habitude de travailler ensemble, ainsi que ledémontrent les documents relatifs à la restauration des parties supérieuresde la façade, à la cathédrale d’Angers 3 . Il en est de même d’un autre sculpteurnommé Jean Giffard qui, vu la somme considérable qu’il reçoit pour les statuesde saint Maurice et ses compagnons 4 , devait jouir d’une grande réputation. C’estdonc, suivant nous, à ce triumvirat que s’adressa le prieur de Solesmes, et l’onpeut dire que jamais inspiration ne fut plus heureuse ni choix plus excellent.
1. Cf. Archives de l’art français, i re série, t. I er , p. 429. Il s’agit du retable destiné à la chapelle des Carmes,à Nantes.
2. Jean de Lespine, né en 1505, était dans la force de l’âge et du talent au moment où dom Bougler songea adécorer le transept nord de son église.
3. Les Artistes angevins, par C. Port, 1881, p. 97 et 195.
4. Id.. p. 128.